Il y a quelque temps, Yann m'a dit qu'il faudrait trouver un moyen de canaliser ma colère.

Elle ne s'exprime, ne s'extériorise pratiquement jamais. Mais elle est bien présente. Ma colère.

Contre qui, contre quoi, suis-je en colère, depuis toujours ?

Je suis en colère contre mon père. J'arrive à partager son espace mais ma colère contre lui n'est pas morte. Elle est juste tellement murée, que je ne l'entends plus. Presque plus.

Je suis en colère contre ma mère. Plus le temps passe et plus je me rends compte que j'ai des raisons d'être en colère contre elle aussi.

Je suis en colère contre moi. Pour toutes les choses que je n'ai pas su maîtriser, pour toutes les choses qui m'ont échappées. Les gens aussi. Surtout.

Quand je suis en colère contre celui que j'aime, parce qu'il n'est pas comme je voudrais qu'il soit, parce qu'il est invariablement lui-même, et dans le fond, ce lui-même que j'adore, quand je suis en colère contre lui, la réalité, c'est que je suis en colère contre moi.