Il est des choses auxquelles il est difficile de renoncer.

On va dire que je cherche du travail. J'ai pas dû bosser dans une "vraie" entreprise depuis cinq ans. En ce moment, je donne des cours particuliers. Ouais, le truc qu'on faisait quand on était étudiants. Maintenant, il parait que plein de monde fait ça. Des enseignants à la retraite, des étudiants, des gens au chômage... Je dois faire une dizaine d'heures par semaine. Evidemment, je ne gagne pas des masses, surtout que je suis soumise à l'inconstance des parents, des cours qui sont annulés du jour au lendemain (non rémunérés, bien entendu). Je passe par des organismes qui se font payer deux fois ce qu'ils me reversent (presque trois, il me semble) ou je suis employée CESU. Bref, c'est pas la gloire. Encore que, avec mes monstres, j'ai parfois l'impression de servir à quelque chose, quand ils veulent bien décoller leurs yeux de leurs smartphones pour essayer d'entendre ce que je leur raconte.

Mais bon. Aujourd'hui ça va, mais je me dis que ce système n'est pas viable. Alors, je regarde les annonces, j'envoie mon CV. J'ai été contactée par une boîte aujourd'hui. La RH, douce et sympa, pas une hystérique shootée comme c'est souvent le cas. Le contact semble bon. Mais au moment où elle me donne le salaire. Ouille ça fait mal. Par rapport à la fourchette que j'ai indiquée déjà, bien revue à la baisse pourtant, par rapport au salaire que je touchais il y a cinq ans. En gros, elle propose la moité (enfin, la boîte quoi). Ouille. Il s'agit d'un poste à plein temps bien sûr. Quoi qu'il en soit, je lui dis que je suis quand même prête à réfléchir, parce que c'est malgré tout trois fois ce que je gagne aujourd'hui (enfin, ça je ne lui dis pas). Mais j'attire son attention sur la mention "travail temporaire". Elle me précise que c'est un CDD de six mois. Qui "peut" être reconduit puis "peut" aboutir à un CDI de chef de projet. Avec des "si"...

Ceci dit, en bossant six mois dans cette boîte, je gagnerais davantage qu'en un an de cours... Je retourne ma calculatrice un peu dans tous les sens. Je réalise que le poste paie à peine plus qu'un smic au final. Ah ah. C'est un boulot de chef de projet...Junior certes mais bon... L'ironie du truc, c'est qu'au final, avoir deux bac+5, parler 3 langues bien, manier du powerpoint au autre, ça ne fait plus trop de diférence en fait.

En fin de compte, ce qui fait définitivement penser (ah ah, le lapsus. Je voulais dire pencher) la balance c'est ça. Je regarde mon emploi du temps d'aujourd'hui, aéré, coloré. Personne ne me dit quoi faire (les parents peuvent être fatigants mais ça reste supportable). Personne ne me dit à quelle heure me lever, à quelle heure aller manger. Je ne dois pas rester coincée huit heures par jour dans un bureau. Je ne suis presque pas un robot. Ou alors autrement. Je suis assez libre. Libre. Il est des choses auxquelles il est vraiment difficile de renoncer. Je ne pourrai pas vivre comme ça toujours. Je sais. Mais aujourd'hui, je peux encore... un petit peu...