Je me souviens d'un prof d'anglais au collège, M. Legrand, nom assez commun pour que son anonymat soit respecté. Il n'était pas bien grand, et il était tout doux, tout gentil, ne parlait pas bien fort. Il était taxé de "mauvais prof". C'était souvent un peu le bazar de mémoire, pendant ses cours. Il me fait penser à moi en fait. Sauf que je ne suis ni douce, ni gentille. Ce type était tellement bienveillant. Les élèves ne le respectaient pas car il n'était pas autoritaire, je suppose. Abrutis de camarades de classe. M. Legrand essayait de nous intéresser à la langue, que personnellement, j'adorais déjà. Je l'écoutais religieusement, assise au premier rang.

Je me souviens de ce qui se disait sur lui : "Avec lui, pendant les contrôles, tu peux garder ton livre ouvert sur la table, il ne dit rien."

Un jour, il avait apporté le texte d'un sketch des Monty Python, The dead parrot. Il nous l'a lu avec emphase, soulignant tout le génie et l'humour de ce texte. Il voulait nous communiquer son amour de l'anglais et de l'humour britannique. Je restais souvent pour discuter un peu avec lui, en fin de cours. Les autres n'ont pas compris, n'ont pas voulu voir que cet enseignant était vraiment bien, car il ne haussait jamais la voix, ne punissait jamais. J'ai adoré ce texte, on s'est marrés ensemble, on était complices. Je me demande s'il était content, d'avoir touché une poignée d'élèves, ou s'il pensait avec dépit à ceux qu'il n'atteignait pas. En tout cas, j'ai gardé une place pour lui dans mon coeur et je lui dis merci.