15 mars 2019

Partager

Quand j'étais petite, on vivait avec ma famille dans un HLM, au troisième ou quatrième étage, si mes souvenirs sont bons. C'était un peu crado, pas super sexy comme intérieur et localisation géographique, mais bon, c'était fonctionnel et je n'ai pas le souvenir d'y avoir "mal" vécu (en tout cas, pas pur ces raisons). En même temps, quand on ne connait pas autre chose, difficile de comparer.

Ma mère voulait sortir de cet endroit, de cette zone, de cet environnement. Comme une fourmi, elle a économisé. Année après année. Elle ne travaillait pas. Mon père avait un salaire qui n'était pas énorme. Quand il lui donnait l'argent des courses, elle gardait les pièces de deux francs, elles avaient une forme un peu différente des autres, facile à repérer. Elle les mettait dans une petite boîte, cachée... Plus tard, il y a sans doute eu les allocs aussi, je suppose. Et un jour, il y a eu assez d'argent. Mes parents ont commencé à regarder les maisons, il y avait assez pour faire un apport et prendre un crédit. Nous avons eu chacun notre chambre, dans une zone plus jolie. J'ai pu faire mon entrée dans un meilleur lycée. Sans doute qu'à ce moment, nos vies, à ma soeur, mon frère et moi, ont pris un autre tournant.

Ce que je voulais vous raconter surtout, c'est que nous avons planté un petit cerisier dans le jardin, notre premier arbre fruitier. Au bout d'un an, deux, ou trois, je ne me rappelle plus, il a fait quelques premières cerises, une poignée, quelque chose d'insignifiant. Et bien, quand la première a été mûre nous l'avons cueillie, tous les cinq. Et nous l'avons coupée, en cinq. Un cinquième de cerise... Tiens, je te raconte et j'ai envie de sourire et j'ai les larmes au yeux en même temps. Un cinquième de cerise que nous avons goûté chacun. Sentait-on vraiment le goût ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Un mélange de douceur, de fraîcheur et d'acidité... C'est le souvenir que j'ai. Mais nous avons partagé, alors que ce n'était presque rien. C'est joyeux et ça fait du bien.

Tout ça pour dire que je ne comprends pas les ultra-riches qui se gavent, qui ont tout et plus encore et ne font que presser, écraser davantage ceux qui n'ont rien (mais qui ne sont pas rien), ou pas grand chose, au lieu de leur tendre la main.

Posté par _An_ à 12:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]