24 septembre 2019

J'écris tant que je n'ai qu'un seul pied dans la tombe (II)

Le premier mec que j'ai embrassé s'appelait Emmanuel.

C'était un grand dadais. Il était gentil mais un peu niais. J'étais en première (j'avais donc dix-septs ans). Je me souviens que tous ses "copains" se fichaient un peu de lui, faisaient mine de l'éviter quand il arrivait. Il ne s'en apercevait pas. J'étais gentille avec lui. Je n'avais aucune raison de ne pas l'être. Il était beaucoup plus grand que moi. Et il avait deux ans de plus, même s'il était aussi en première. Il était "juste" un copain, quelqu'un avec qui je trainais à la récré. Et puis j'étais amoureuse d'Arnaud.

Il traînait souvent avec moi et ma bonne copine de l'époque, Maryse. Elle se foutait de lui. Moi pas. J'ai pas l'habitude de traîner avec des gens et me foutre d'eux en même temps. Je le trouvais gentil. Bon.

Un midi, après la cantine, on était assis dans la cour, enfin sur le côté, le long du bâtiment. Il y avait un rebord, sur lequel on pouvait s'assoir. Devant moi, se trouvait une marche sur laquelle je pouvais poser mes pieds.

Emmanuel était très grand : au moins une tête de plus que moi. Davantage sans doute. Il m'a dit "Lève-toi". Je me suis levée. Il m'a dit "mets-toi là". Et il m'a dit de me mettre sur la marche. Ma tête était face à la sienne. Je me demandais ce qu'il fabriquait. Et il m'a embrassée. Je ne m'y attendais pas. Puis il m'a dit "je t'aime". Je ne m'y attendais pas plus. Et il a poursuivi par :"Et toi ?".

Je ne l'aimais pas. J'aimais Arnaud. Arnaud qui aimait Stéphanie. Et Stéphanie aimait Arnaud à ce moment là. Mais ça n'a joué aucun rôle. Seulement, le fait qu'Emmanuel m'embrasse et me parle dans l'oreille m'avait donné chaud. Et je n'ai pas réfléchi. C'est l'instinct qui a répondu. Un truc d'irraisonné, peut-être comme lié à l'instinct de survie de l'espèce ou un truc du genre, je sais pas. La curiosité peut-être... Ce que je veux dire, c'est que j'ai pas fait exprès et spontanément, j'ai répondu "oui".

Alors il m'a embrassée une fois encore, de manière plus prononcée, avec la langue. C'était bizarre, c'est grosse langue dans ma bouche, ça donnait chaud, un peu partout. Dans la cour, un groupe de ses soi-disant copains (hypocrites) a applaudi. Il leur a fait signe de la main. Puis, il m'a dit "Viens". Et il m'a entrainée dans le couloir des perms du rez-de-chaussée, là où allaient tous les amoureux pour se rouler des pelles, parce que c'était pas trop éclairé.

Bizarre, ce protocole des pelles dans le couloir, non ? En tout cas, à ce moment là, ça m'a fait bizarre d'en faire partie. Un peu comme si j'étais passé de l'autre côté d'un truc.

Bref, le premier mec que j'ai embrassé était un tocard, il s'appelait Emmanuel et quand il m'a larguée quelques semaines plus tard pour une copine de ma classe qu'il trouvait soudainement plus jolie et qui n'en avait rien à foutre de sa gueule et m'aimait bien, et bien j'ai chialé ma race. Je pensais que je pleurais d'amour mais en réalité, je pleurais une blessure d'amour propre. Je lui ai écrit une longue (très longue) lettre pour lui dire que je souffrais de la rupture. Tout ce qu'il a pu me dire a été "Il t'en a fallu du temps pour écrire tout ça". Crétin. :)

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Qui me lira demain ?

Qui me lira à ma mort ?

Pourquoi écrire ?

... pour me relire...

Posté par _An_ à 21:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

L'amour de ma vie

La dernière fois que je suis allée à une conférence de lui et qu'il parlait d'une tombe d'amoureux, je me suis dit que j'aimerais bien, je crois, "reposer" à côté de toi. Et c'est "marrant" d'avoir eu cette pensée, parce que j'avais toujours imaginé ma mort "dématérialisée", être réduites en cendres et envolée. Mais j'ai visualisé nos deux noms accolés sur une pierre et pensé que j'aimerais bien, continuer à te tenir la main sous terre pour toujours. Enfin aussi longtemps qu'il est possible. Cela peut sembler bizarre ou morbide mais je trouve l'idée jolie et romantique. Sans doute bien plus qu'un mariage ou trucs de ce style.

 

Il m'a répondu à ce message trois jours après. Trois jours. Il me disait que c'était vraiment touchant. J'aurais préféré qu'il me réponde qu'il le voulait lui aussi. 

Comme j'aurais voulu qu'il réponde quelque chose à tous mes mots d'amour de cet été. Au moins quelque chose. Dans l'absolu, qu'il m'aime aussi. Il remonte à tellement de temps, son dernier "je t'adore", celui avec les yeux qui brillent et le sourire qui fait fondre. Et puis, qui suis-je pour espérer quelque chose ?

Il est toujours là et... J'ai l'impression qu'il pourrait être l'amour de ma vie, mais qu'il ne sera pas l'amour de ma mort. Mort qui se consumera certainement solitaire.

Posté par _An_ à 16:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
17 septembre 2019

Hier, j'étais à bout.

Trop dur. Trop de résistance. Trop de monde.

L'enseignement, c'est pas pour moi, on dirait.

C'était ce que je voulais faire quand je serais grande, dans mon enfance. Mais ce que j'aime c'est savoir, apprendre, découvrir... J'aime définitivement pas les gens, quel que soit leur âge. Et l'effet groupe ne fait rien pour les rendre plus sympathiques. Y a toujours le mytho, l'egocentrique, le soit-disant surdoué, l'hyperactif, le bavard, le rien-à-foutre...

Non, j'ai pas envie de fréquenter ces gens là. Je me supporte déjà à peine moi-même.

Posté par _An_ à 07:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
13 septembre 2019

Je bosse dans un lycée privé. Mais c'est pas un établissement élitiste. En gros, on peut accueillir des jeunes avec un niveau vraiment faible et puis pas faciles à appréhender. Les classes sont souvent turbulentes. Ils sont parfois insolents.

L'année dernière, un jour, ils m'ont vraiment poussé à bout (à 36, c'est pas dur, surtout quand chacun y met du sien). Bref, j'ai demandé une dizaine de carnets de correspondance et me suis dit que cette fois, c'était bon, j'allais foutre des heures de colle.

J'ai ouvert le premier carnet de correspondance. J'ai tourné les pages. Je me suis demandé comment marchait ce livret. Je suis tombée sur l'emploi du temps. J'ai vu qu'ils étaient tous blindés de 8h25 à 17h25. Mon énervement a commencé à redescendre. L'un d'eux est venu me casser les pieds pour me réclamer son carnet parce qu'il en avait besoin pour aller en récré. Je lui ai dit qu'il attende... Il a continué à me casser les pieds.

J'ai sorti mon stylo.

Et j'ai réalisé.

Que j'étais... incapable... de coller... un élève.

Mon corps s'y refusait.

Fuck l'autorité.

Je leur ai rendu leurs carnets.

Crédibilité auprès des élèves = 0

J'ai raconté à ma toute jeune collègue le lendemain. "J'ai pas réussi à mettre des heures de colle hier.

- Mais pourquoi ?

- Je sais pas. J'y arrive pas."

Elle a ri de moi.

Crédibilité auprès de ma collègue = 0

Fuck l'autorité. Ouais fuck.

 

 

Posté par _An_ à 23:18 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

 

Un jour tu réalises que ta mère est une mortelle. Vraiment... ça fout les jetons.

Ma soeur a fabriqué un gosse avec son mec. C'est bizarre, cela va transformer tout mon écosystème. Bon, il ou elle devrait arriver en février. J'suis étonnée. Pourquoi fabriquer des humains alors qu'il y en a plein qui fonctionnent déjà ? Bon, elle s'achète aussi toujours des nouvelles paires de pompes alors qu'elle en a déjà plus de cent. Du coup elle me refile celle dont elle ne veut plus. Mais faudra pas faire pareil avec le bébé, parce qu'il rentre pas dans mon meuble à chaussures.

 

 

Posté par _An_ à 15:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]