Blasée.
Blasée.
Prof.
Dans le boulot de prof, on va dire qu'il y a des trucs sympas quand même. Enseigner une matière que tu aimes bien, essayer de faire passer des concepts dans leurs crânes, résoudre des exercices avec eux, c'est cool. Je veux dire, quand ils ne bavardent pas entre eux sans arrêt, ne dorment pas leurs têtes sur la table, ne passent pas la séance complète le nez dans leur portable pendant que toi tu parles aux murs.
J'aime bien la physique. C'est mon domaine, on va dire. Même si j'aurais préféré étudier littérature, arts plastiques ou musique.
Les maths j'aimais moins, mais je préfère enseigner les maths à la physique. Parce qu'il y a moins d'interprétation, on va dire. L'enseignement est assez linéaire, pas de surprises. A part les statistiques. Je déteste. Mais pour moi, c'est pas des maths. Tout comme le traitement du signal, c'est pas de la physique (et j'en ai pas mal au programme).
Disons, que ça, ça va. Je ne suis jamais heureuse ou ravie de me lever pour faire cours. Que nenni. Mais on va dire que ça passe. Et je suis toujours contente que la séance s'achève, surtout depuis qu'on doit faire cours avec ce ***BIP*** de masque, qui ne ménage pas les cordes vocales. (Note à moi-même : je devrais essayer de faires des cours en growls, ce serait rigolo, genre, rrrrrrrla coOOOhmpoOOOsAHHHHNTEUUH deeeeeeeeee la ViIIIIIteSSSSe suRRRRRRRRRRRR l'aXXXXEU DAAAAAAIS ABSCISSSSSSSEUUUUUUUUUUUEUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUEUEUEHUUE.)
Mais il y a un truc qui est hyper pénible, c'est évaluer. Mettre des notes. Bon préparer les interros chez soi au calme, ça va. Se dire, tiens, je mets des questions de cours hyper faciles, ils auront plein de points. Je mets après une application pas compliquée, coolos, ils vont faire ça les doigts dans le nez. Et puis un exo un peu plus dur pour voir ceux qui ont vraiment tout compris... Voilà, youpi, tralala.
Pendant l'éval. Bon tu surveilles. Il y a des questions à la noix.
Genre dans l'énoncé tu mets :"Représenter sur deux graphes distincts, la fonction tralala et la fonction trololo".
"Madame, ça veut dire quoi, deux graphes distincts ?
Bref.
Après un cours sur logarithme népérien et fonction exponentielle, je leur demande de me tracer les courbes de ces fonctions.
Première copie rendue, je vois : deux droites. Logarithme népérien : une droite. Exponentielle : une droite.
Mon cerveau a vrillé.
Un autre gars, pas du tout assis à coté du premier. Pas du tout son pote, ni rien, me tends sa copie... Avec, en représentation de ces fonctions : deux droites.
Je argh... Je gargllll...
Bref, la correction des copies pour moi, c'est pas une partie de plaisir. Parfois, j'ai eu envie de rire de désespoir et parfois de chialer.
Après c'est nul, tu dois compter les points (bon, j'ai optimisé cette partie) et saisir les notes dans l'outil pas convivial du tout que tu ne peux que le faire note par note.
Après c'est aussi nul parce que t'as les pleurnicheries, et meme en essayent de trouver des points partout pour pas mettre (trop) de sales notes, et bien ils pensent que t'es une peau de vache parce que là c'était quand meme un peu bon, meme si c'était très faux et puis la fonction exponentielle meme si elle est pas trop droite, on peu dire que si, vue de loin et avec la lumière éteinte.
J'aime pas quand ils pleurnichent. J'ai l'impression que c'est injuste, meme quand leurs copies ne sont pas bonnes. Certains ne foutent pas grand chose, c'est certain. Mais bon, ils font un truc qu'ils kiffent pas pour la plupart. Parce qu'ils veulent devenir "ingénieur".
Et puis après, il y a le salaire dans le métier de prof. Moi je suis pas ambitieuse comme avant. Je m'en fous un peu. J'ai eu ce que je voulais avoir. Mais les jeunes profs qui débutent, sérieusement, je les plains. Ils galèrent pour trouver des apparts etc. Et ils travaillent beaucoup. Pour moi, les profs, c'est des saints (enfin, de ce point de vue là, et pas tous mais bon, tu m'as compris). Sauf moi.
Bref prof quoi.
La semaine prochaine, il y a les conseils de classe. Argh.
Je suis un souci
Un sous-citoyen.
C'est ce que disent les gens bien
C'est ce que disent les gens bons
Les bons citoyens
Mes concitoyens.
Il faut se soucier des autres.
Se soucier de ci-
Se soucier de ça
Se soucier des autres
Si bons citoyens...
C'est ce qu'ils me disent quands ils sortent de leurs courses devant la biocoop, à côté du gars qui est là et qui fait la manche depuis toujours.
Il faut se soucier des autres, se soucier de ci, se soucier de ça, me disent-ils, sans s'apercevoir, un jour, qu'il n'est plus là.
Aujourd'hui j'ai de nouveau un peu d'espoir. Il y a plein de "petites" choses.
J'ai fait une marche en forêt. J'ai vu un super chêne.
J'aime bien la chanson de Sting I'm So Happy I Can't Stop Crying. Il y a cette phrase qui ressort un peu : "Everybody's got to leave the darkness sometime".
I saw that friend of mine, he said,
"You look different somehow"
I said, "Everybody's got to leave the darkness sometime"
I'm so happy that I can't stop crying
I'm laughing through my tears
I'm laughing through my tears
I'm so happy that I can't stop crying
I'm laughing through my tears
I'm laughing through my tears
49.
J'aime bien 49. C'est 7². C'est divisible par 1, par 7 et 49. C'est pas encore 50, c'est pas un nombre carré, mais c'est un nombre au carré.
Aujourd'hui, j'ai pleuré, encore.
Ce matin, ma mère est venue vers moi et m'a serrée dans ses bras, et m'a embrassée. Elle m'a serrée fort, en me souhaitant un bon anniversaire. Et j'ai pleuré, car j'ai senti son amour, sa tendresse. Je pense que ça faisait deux ans, qu'on ne s'était pas embrassées, par précaution, meme si je n'ai jamais arreté de voir mes parents. Mais on ne s'embrassait pas à cause de ces conneries de distanciation sociale et de gestes barrières. Alors, je sais pas, elle est venue vers moi et m'a serrée.
Moi je m'en fous un peu de tomber malade et de claquer. On va tous finir comme ça de toutes manières. Un jour t'es là, et le jour d'après, c'est fini. Mais tout ce temps j'ai eu peur que ma mère tombe malade, de la contaminer. Elle, j'ai pas envie qu'elle parte. J'ai pas envie qu'elle souffre. Nous ne sommes coupables de rien pourtant. Mais oui, la peur et la culpabilité, s'il arrivait quelque chose. Elle a dû en avoir sa claque et elle m'a embrassée. Putain, j'ai chialé.
Plus un jour ne passe sans que je pleure.
Je pourrais garder ça pour moi, murée comme je suis déjà dans plein de (res)sentiments, depuis toujours. Mais l'écrire me fait déjà un peu de bien, me libère, me soulage. Les caractères qui s'enchainent dédramatisent un peu les choses, mettent en évidence l'absurdité de la vie (ma vie), sa vacuité. Poussière.
D'accord, poussière. Mais poussière d'étoiles.
Tiens, je devrais passer l'aspirateur.
Je me souviens quand j'étais ado, je passais mon temps à dormir. Surtout le week-end, je me levais le matin puis je me recouchais. Parfois je rentrais après les cours à 17h30 et je me couchais.
Hypothèses :
Beaucoup de choses me dépriment. Quand certains trucs en me forçant, j'arrive à les trouver acceptables, les engrenages dans mon cerveau tournent tournent et finissent par retourner sur le "NON !"
Non. J'aime bien le "non". Je le dis parfois de manière un peu abrupte. Quelquefois ça choque et offusque les autres.
Lundi j'ai repris les cours. J'étais plutôt joyeuse parce que les gamins, faut les motiver et puis, j'ai envie de leur donner le meilleur de moi.
"Madame, vous savez si on va reprendre le "distanciel" ?
- ???!!! Euh, non je sais pas. Mais c'est nul le distanciel.
- Oui d'accord madame mais là, avec la propagation des cas... ils sont de plus en plus nombreux !
- Ah bon ? Vous les avez comptés ? (je dis souvent des idioties, je sais pas pourquoi. Peut-etre pour voir comment va réagir mon interlocuteur. Ou alors parce que je sais pas quoi répondre. Bref.)
- Mais non madame, c'est dans les news, il faut s'informer madame. Sérieusement, j'ai peur pour ma santé.
- Vous êtes jeune.
- Oui, mais j'ai trop peur. Avant j'étais antivax. Maintenant je suis provax. A fond."
Je souris parce que je me demande pourquoi ce revirement complet. Et aussi, comment peut-on penser le monde de manière aussi binaire ?
Je souris mais je me sens dépitée. Parce qu'il y a un truc qui me fait plus peur qu'un virus, c'est une jeunesse qui a peur et qui préfère vivre enfermée.
Je leur présente mes voeux et leur souhaite un nouveau vent de liberté en 2022. Ils ouinouintent.
"Mais madame, c'est pas parti pour s'améliorer, ça va etre de plus en plus strict, ouin ouin."
J'ai l'air de rigoler d'eux, mais en fait non. Je comprends leurs peurs. Mais l y a un truc qui me fait plus peur qu'un virus, c'est une jeunesse qui a peur et qui a perdu l'arrogance de la jeunesse. Quand on est jeune, on est immortel, non ?
Bon, mon autre classe est un peu différente. Je verrai comment ils sont vendredi.
Bref, en ce moment, le lieu qui me semble le plus accueillant, c'est mon lit. J'ai de doux draps en flanelle. J'en ai en coton aussi, mais je préfère ceux en flanelle. Il y fait chaud, je peux oublier le monde et ses peurs, et ses douleurs. C'est pas que je préfère vivre enfermée. C'est que je suis de nouveau déprimée.
Ah oui, dans un lit, on peut baiser aussi. Mais en réalité, on peut baiser partout. Pas de bol, dernièrement j'ai eu droit qu'à des mecs qui ne voulaient baiser qu'au lit. Aucune fantaisie. Déprimant.