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Dreaming my life
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construction
8 juin 2010

(co)locataires IV

Chaton et moi travaillons dans la même équipe mais pas vraiment ensemble.

Quand j'arrive, les gens sont dans des bureaux à deux ou trois. Ensuite nous déménageons dans un pré-fabriqué pour quelques mois, avant de déménager sur un autre lieu avec des plateformes de bureaux en open-space. L'équipe est jeune, l'ambiance est sympathique. Nous travaillons mais nous amusons aussi. Dans l'open-space, Chaton et moi sommes dos à dos, séparés par une rangée de grosses armoires. Nous pouvons communiquer par boulettes en papiers, avions... Nous prenons nos pauses-café avec le reste de l'équipe. Parfois en groupe plus restreint. Mais notre moyen de communication privilégié reste l'e-mail en interne quand l'activité n'est pas trop intense. Nous nous envoyons de petits mots autour de nos loisirs, de nos goûts musicaux, cinématographiques. Nous nous découvrons des goûts communs.

Nous découvrons une coïncidence amusante. Un de mes meilleurs amis et un de ses meilleurs amis sont collègues dans une autre boîte, et sont devenus amis aussi. Cela nous permettra plus tard d'organiser des sorties badminton à quatre, le week-end.
De temps en temps, dans mes e-mails je lui balance des petites piques, des taquineries gentilles. Je lui suggère qu'il me plaît. Parfois il joue avec moi, parfois pas, mais pas de la même manière. Ce qui est amusant c'est que nous n'avons que quelques pas à faire pour nous voir, il suffit de passer distraitement dans le couloir pour voir la réaction de l'autre à un message fraîchement expédié.

Petit à petit, j'avance. Je tente ma chance plusieurs fois. En lui proposant des sorties après le boulot. Des restaurants, des cinémas... Des concerts (je cherche à m'adapter à ses goûts musicaux, là où ils rejoignent les miens), des balades. Il refuse. Une fois, deux fois, trois fois... Un nombre incalculable de fois...

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14 avril 2010

Silence programmé III

     Exprimer ses sentiments c'était mal.

     Enfin pas exactement mais presque. Je viens d'une culture où l'enfant est "seulement" un enfant. Il n'est pas considéré de la même manière qu'un adulte et on se demande même s'il est considéré comme une personne. Les choses évoluent, comme partout dans le monde mais ni à la même vitesse, ni au même moment. Etant enfant, je ne pouvais pas affirmer ce que j'étais, ce que je ressentais.

     Quand je vois les relations parents-enfant aujourd'hui et en France, j'ai l'impression que cette tendance est inversée, aboutissant même sur des comportements absurdes (je me souviens en particulier d'un Christine show,  émission diffusée il y a quelques années aux Etats-Unis). Mais dans l'ensemble je dois dire que je trouve ce changement positif. Il renvoie en même temps à la vision que chacun de ces adultes a eu sur sa propre enfance.

     Alors voilà, je pouvais rire, sourire, être enjouée. C'est l'attitude normale pour un enfant à qui il ne manque rien (vision de l'adulte en face de moi ndlr). Je ne pouvais pas ne pas être d'accord avec les comportements qu'on m'imposait, pas vraiment de marge de manoeuvre (impression d'être un pantin dans les cas extrêmes). Mais le pire était de ne pas pouvoir ressentir ce que je voulais, enfin, ça on ne pouvait pas me l'interdire, mais je ne pouvais pas l'extérioriser.

     Adultes, ils nous arrive d'avoir le vague à l'âme, d'être déprimés ou juste un peu tristes sans raison apparente. Alors pourquoi ce ne serait pas pareil pour les enfants? Et quand l'expression dans ces sentiments provoque un réaction de "rejet" et bien, c'est terrible, car en dehors de se sentir mal, on se sent mauvais... culpabilisés.

     Dans un autre registre, toute forme d'expression relative à un éveil sentimental était recadrée. Je me souviens en particulier d'une phrase tellement absurde: "D'abord il faut étudier, tu t'occuperas des garçons après". Comme si on vivait sa vie par séquences programmées!

     J'ai vécu une grande partie de ma vie avec tellement de choses intériorisées, comprimées à l'intérieur de moi. On pourrait croire que sous la pression elles vont finir par exploser ... un jour. Mais pour le moment pas de Big Bang en vue. Ce sera peut-être simplement le relâchement progressif d'un piston.

     Il en résulte un fort besoin de toujours mesurer mes paroles avant de les laisser s'échapper.

     Il en résulte une certaine forme dans mon expression, liée à mon univers de sens... Pratique de figures de style dans tous les sens afin d'atténuer mes propos. Il ne faudrait surtout pas que ce que je dis soit trop violent!

     Il en résulte un fort besoin de bien connaître la personne en face de moi avant de lui dire qui je suis (en opposition avec un fort tempérament sud-américain... donc, à nuancer)

     Il en résulte une peur (?) de ne pas être aimée pour ce que je dis... pour ce que je ressens... pour ce que je suis?



PS: cette note ne me plaît pas. Elle n'arrive pas à exprimer un millième de ce que j'ai envie de dire.

 

 

12 avril 2010

Silence programmé II

mafalda

     J'ai lu un nombre incalculable de livres dans mon enfance et à une vitesse dont je serais incapable aujourd'hui. Je me souviens d'avoir dévoré une grande partie des Jules Verne, très jeune. J'aimais énormément les contes aussi et à travers eux l'éveil à une certaine forme de sensualité par le biais de choses finalement très cruelles... Même si elles finissaient par le fameux "il se marièrent et blabla". Grimm, Perrault, Andersen, les histoires de génie de la lampe... Et toujours le fameux pouvoir des mots.

     Je me souviens en particulier d'un soir d'été, où la fenêtre du salon était entrouverte pour laisser entrer un très doux courant d'air qui me caressait les cheveux et le visage. J'étais allongée dans le canapé et je lisais le Dracula de Bram Stoker. Il y avait quelque chose de terriblement délicieux dans ce mélange de sensations intérieures et extérieures.

     A l'école aussi, j'adorais découvrir des textes, des auteurs. Depuis toujours. Je me souviens des premiers Desnos et des Verlaine, des Anna de Noailles et Supervielle. Je crois que les poèmes, c'est ce que je préférais par dessus tout. Rencontre de la beauté de forme, de musique et de sens. Ou l'opposé.

     Plus tard il y a eu Baudelaire, Apollinaire et beaucoup d'autres.

7 avril 2010

Silence programmé

     Je peux être parfois assez silencieuse. Dans les soirées, quand on se divise en petits groupes, je suis souvent celle qui écoute beaucoup. Il faut dire que ça donne un certain équilibre car il y a énormément de gens qui aiment beaucoup parler et parler beaucoup et qui, quand je tente une réaction à l'un de leurs propos me coupent la parole pour rebondir eux-mêmes sur ce qu'ils disent. Ça ne me dérange pas, ou plutôt ça ne me dérange plus puisque j'arrive toujours à me faire entendre quand je le veux vraiment, et puis ça satisfait ma curiosité sans bornes en ce qui concerne "autrui". (L'autre moi mais qui n'est pas moi)

     Ce qui est surprenant, c'est que je peux aussi être assez silencieuse dans des conversations à deux. Ce qui ne signifie pas forcément que je n'ai rien à répondre à la personne en face de moi, ou que je n'ai pas d'intérêt pour ce qu'elle me dit. Mais j'ai souvent besoin de peser mes mots. J'ai toujours envie de dire la phrase juste, ou à défaut, la phrase la plus juste possible. Ce n'est pas évident quand on regarde toute la subtilité, toutes les nuances qu'il peut exister dans un seul mot. Ce n'est pas évident quand on regarde toute la subtilité, toutes les nuances qu'il peut exister dans un sentiment humain. L'un dans l'autre, j'ai l'impression quelquefois que rien de ce qui peut être dit ne sera approprié. Dans ces cas là, je préfère ne rien dire, quitte à revenir sur le sujet plus tard.

     La parole est précieuse, car elle est ce qui va transmettre mon émotion du moment, mes sentiments. Elle est précieuse pour tout ce qu'elle dit mais aussi pour ce qu'elle ne dit pas. J'aime le langage silencieux, le non verbal, l'implicite. J'aime dire quelques mots et les enrober d'un voile de silence.

     Petite, je vivais au cinquième étage d'un immeuble glauque. Enfin, personnellement, je ne le trouvais pas si glauque, je n'en avais jamais connu d'autre. Je l'aimais bien même. Il faisait partie d'un grand bloc d'immeubles formant un long L. Proche de l'angle, je pouvais voir mes petits camarades en diagonale, par la fenêtre.

     Mon père avait un travail de nuit. Alors il était très décalé par rapport à moi et à ma mère. Il rentrait le matin, mangeait un peu puis se couchait, dormait toute la journée, se levait pour se préparer, manger et repartir travailler.

     A la maison, il ne fallait pas faire de bruit, pour ne pas le réveiller. Nous parlions doucement. Je n'ai pas eu les joies d'être une enfant bruyante. Déja que ça ne devait pas être dans ma nature... Pas de jouets ou de jeux bruyants, pas de courses dans l'appartement, pas de crises de larmes ou de cris... Et pas de petits copains et copines à la maison (pour cette raison mais pas seulement).

     Les jours sans classe, je pouvais voir les autres enfants jouer sur la place: des fillettes de mon école sautant à corde ou jouant avec leurs dînettes, puis, plus tard, avec les garçons à des jeux tels que "action ou vérité". Je n'étais jamais parmi eux. Ma mère, venant d'un autre continent, et n'ayant pas choisi d'être là me protégeait affreusement du reste du monde. Elle avait laissé sa famille loin, se sentait sans doute très seule, ne parlait pas français. Elle n'avait à proximité que mon père et moi. Et de vraiment important elle n'avait que moi (au moins avant la naissance de mes frères).

     Je ne saurais dire ce qu'il se passait dans sa tête. Peur qu'on me fasse du mal, qu'on me blesse? Peut-être. Peur que je me mélange à des personnes qui n'étaient pas "à ma hauteur"? Sans doute. Nous vivions dans un quartier peu reluisant et ma mère a toujours été quelqu'un de très fier. "Ne pas fréquenter n'importe qui", "bien choisir ses amis"... des mots entendus mille fois dans mon enfance. C'est insensé.

     Mes amies étaient toutes d'origine étrangère. Asiatique, pour la plupart. C'est fou ce qu'il y a comme points communs entre l'Asie et l'Amérique du Sud quand on y pense. Beaucoup plus que ce qu'on peut croire dans une première approche. Elles étaient vives et intelligentes, ayant évolués elles aussi dans ce mélange culturel (Ça passe ou ça casse, non?). Elles étaient aussi beaucoup plus libres et faisaient tellement plus de choses que moi.

     Je lisais énormément.  Je n'en avais jamais assez. Des mots à m'en faire tourner la tête.

(...)

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