Mercredi
Aujourd'hui j'ai pris un jour de congé. Pour le plaisir. Je n'ai rien de spécial à faire mais j'ai besoin de souffler. Il devient de plus en plus difficile de tenir l'ambiance tendue au boulot. Je ne prends pratiquement jamais de jours de congés "pour rien" d'habitude.
Ce matin je me suis levée à 9h30, tranquillement. Je m'occupe un peu de moi. J'ai trainé dans la salle de bain. J'ai démarré la journée avec le Black album de Metallica. Quand j'étais petite, on écoutait ça avec mes camarades de bahut. C'était l'époque des sittings dans la cour. L'époque de mon premier grand desespoir amoureux. L'époque où j'ai découvert avec surprise que moi aussi je pouvais être aimée.
Bon voilà. Je viens de finir de me vernir les ongles des mains et des pieds. Quentin Tarentino n'a qu'à bien se tenir. Maintenant je vais trainer un peu puis je vais aller chez ma mère glander dans son jardin. On se racontera des ragots de famille, rien d'intime ni de trop personnel. Ma mère n'a jamais été ma bonne copine, ni ma confidente, ni rien de tout ça. Elle a toujours été ma mère.
L'autre jour elle me racontait une discussion qu'elle a eu avec un oncle qui habite en Scandinavie et qu'elle a retrouvé il y a peu de temps. L'oncle en question a quitté l'Amérique du Sud quand il a eu son bac, pour suivre des études. Il est parti en Russie, où il s'est marié, il a eu 3 enfants. Bien plus tard il a divorcé puis est parti pour la Suède. Ma mère lui a demandé "Et si tu pouvais revenir dans le passé, y a t'il des choses que tu ne referais pas ou que tu changerais ?".
Il lui a répondu: "Finalement, non. Car si j'avais fait certaines choses différemment, il se serait sans doute passé d'autres choses par la suite que j'aurais regretté aussi"
C'est étrange qu'elle m'ait raconté ça. Je n'ai jamais ressenti autant mes regrets qu'en ce moment. Il y avait quelque chose d'un peu apaisant dans cette anecdote. Pourtant ma mère ignore tout ce qu'il y a au fond de moi. Elle me connait si bien et en même temps si mal. Si elle savait qu'une partie de mes douleurs me vient d'elle, plus ou moins directement.
En ce moment, je lis "Le livre de ma mère" d'Albert Cohen.