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Dreaming my life

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30 mars 2023

Prof

Ce matin, je faisais un cours de physique.

En deuxième heure, la majorité des étudiants causaient. Causaient d'idioties sur TikTok et je ne sais quoi. Blablabla blablabla. Je parlais, ils parlaient en même temps que moi. J'ai arrêté de parler. Ils ont continué. Je me suis posée dans un coin de la salle. Ils ont continué leur conversation. Ce n'est pas la première fois que ça arrive avec cette classe. Ils passent leur examen dans deux mois.

J'en ai marre de leur dire de se taire, en fait. J'en ai marre d'essayer de parler plus fort qu'eux, ça casse la voix, ça fatigue pour rien.

D'habitude, quand je me tais, il faut juste le temps (5 min, 10 min ?) qu'ils se rendent compte, et ils se taisent, puis on reprend.

Là, j'ai regardé l'horloge au mur... J'ai attendu. Attendu. 10h...

J'ai attendu... Ils causaient toujours. Rien à foutre de moi, de mon cours... RAF. 10h05. Toujours RAF. J'ai éteint le projecteur. RAF. J'ai effacé le tableau. RAF. J'ai éteint l'ordi. RAF Je suis sortie dans le couloir. J'ai fermé la porte derrière moi. Je me suis adossée à un mur. Et j'ai attendu. Attendu. Je ne sais même pas si mon absence a été remarquée. Le plus marrant, c'est que je pense que non. RAF. Ils s'en foutent de la physique. Demain, il s'en foutront des maths. Ils ont un boulot à mi-temps avec leurs boîtes. Sont-ils irrespectueux comme ça avec leurs patrons ? Bah non, tu parles. Le pognon. Quelqu'un qui leur file du pognon, c'est mieux que quelqu'un qui leur enseigne des trucs. Leurs patrons qui ne payent rien pour les avoir, parce que l'état file du fric, du fric des impôts pour qu'ils aient du boulot et une formation. Ce qui est marrant, c'est qu'on faisait un cours sur le signal : l'information et le bruit, le rapport signal sur bruit. Ah ah.

Dans le couloir, j'ai attendu. C'est marrant, tu vois, parce que ces étudiants qui causent et ne suivent pas, ce sont précisément ceux qui se plaignent quand un (des) prof(s) sont absents. Moi je suis toujours là (sauf la fois où j'ai fait grève). Et hier soir encore, j'ai préparé, révisé mon cours pour eux et après, j'ai eu du mal à dormir toute la nuit. Mais je me suis levée, à 7h pour aller leur faire cours. Et pour qu'ils ne m'écoutent pas.

Je suis restée dans le couloir. 10h15, la sonnerie de la récré. J'ai ouvert la porte, suis rentrée dans la salle.

"Vous pouvez y aller." ai-je dit. Ils se sont levés, ils sont partis.

J'y retourne demain ? Plus ça va, et moins j'ai envie.

Parfois, dans ma tête, je me dis "je reviens plus". Et c'est pas que ça. J'en ai marre de bosser, de gagner un salaire, sur lequel on prélève des impôts pour esclaviser des jeunes tout en acceptant qu'ils ne s'instruisent pas. Qu'on prélève des impôts pour payer des gars, qui vont tabasser des gens en manif. Qu'on prélève des impôts qui n'iront pas à l'hôpital qui se meurt, à l'instruction qui se meurt, à l'entraide qui se meurt... Qu'on prélève des impôts pour payer des cabinets de conseils de merde qui écrivent des slides de merde pour justifier des décisions de merde pour rendre nos vies encore plus merdiques. J'ai pas envie de bosser pour ça. Qu'on prélève des impôts pour payer des députés de merde qui se la coulent douce à bouffer du homard et à écrire des bouquins de merde, se la jouer joutes verbales à l'assemblée "Ta, ta, ta, comment je l'ai laminé, l'autre là..." et... J'ai envie de vomir en fait, quand j'y pense. Et puis les gosses avec votre foot et vos TikToks et vos influenceurs... Ok, on s'en fout de la physique, on s'en fout des maths, on s'en fout de tout... Ce qui vous fait mal, c'est vos retenues sur salaire quand vous avez séché des cours...

J'ai pas envie de vivre cette vie, en fait.

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29 mars 2023

Il était sans doute aussi un peu egocentrique et

Il était sans doute aussi un peu egocentrique et ne dormait pas beaucoup.

Mais il aimait les autres et était avide de tout. Il savait aimer. Il travaillait sans cesse, se nourrissait de lectures, de films, de tableaux. Jusqu'au dernier souffle, je l'imagine penser encore, à des chansons dans sa tête, des textes qu'il n'aura plus le temps d'écrire. Dommage, ils étaient si beaux. Et cette musique qui allait avec, si futuriste, si originale. "Ils auraient adoré", se disait-il peut-être.

Faut-il soumettre les autres, pour être grand ?

27 mars 2023

Viens, on écoute ça et on écrit des trucs. J'ai

Viens, on écoute ça et on écrit des trucs.

J'ai un râle dans le coeur qui n'en finit pas de mourir.

Il résonne dans ma tête comme un tambourin sourd...

Les mots n'ont plus de sens. Tout est un incohérent, ça nous rend fous... On ne comprend plus rien et le râle parle pour nous.

23 mars 2023

49/3/2023

"Madame, si on faisait un cours de politique plutôt qu'un cours de physique ?"

Mes gamins s'interrogent.

"Madame, si quelqu'un devait partir à la retraite cette année, il pourra partir ou pas ?"

Mes gamins sont inquiets.

"Madame, ils ont brûlé Paris !"

Mes gamins ne semblent pas très "politisés". Je ne l'étais pas non plus à leur âge. Je me demande comment c'est, dans leurs têtes. Ils veulent juste vivre leurs vies, tranquilles. Leurs adolescences ont déjà été pourries à cause de la manière dont a été gérée cette "crise sanitaire".

Quand je regardes des vidéos avec des "violence policières", je scrute toujours pour vérifier que ces enfants ne sont pas des miens.

Cela changerait quoi d'ailleurs ? Rien. De la tristesse ajoutée à la tristesse. De la colère ajoutée à la colère. De la haine à la haine.

15 mars 2023

Retraite

Toutes les semaines, j'ai l'impression d'accomplir un parcours du combattant.

Ouais, c'est bon, je sais. Il y a des boulots plus difficiles que le mien. Beaucoup plus difficiles.

Mais c'est la réalité. J'ai l'impression de ramper sur les coudes dans la boue de cet esclavage quotidien (ou presque).

Ramper, atteindre l'étape suivante. Faire une pause. Ramper encore. Faire une pause. Deux jours de break. Nettoyer la boue.

Pouah, pouah, pouah !

Expliquer le concept de sinus et cosinus.

"Madame, à quoi ça sert, on voit pas du tout l'application concrète. On n'a pas besoin de ça dans nos entreprises."

Je leur dis qu'effectivement, dans leurs entreprises, ils n'ont peut-être pas besoin de faire des cosinus et des sinus d'angles mais que, quand tous leurs appareils de mesure, de calcul n'existaient pas, des mecs (ouais, t'as vu, Pythagore, Thalès etc, je les appelle "des mecs") avaient fait plein de calculs pour déterminer des trucs (je  fais la version courte là, bykhoze, flemme de taper).

"Ah ouais, ok, on voit, mais elles étaient bizarres leurs vies, bref, ils avaient rien d'autre à faire...."

Je leur rappelle, que sans les maths basiques (ou qui nous semblent basiques), il n'y aurait pas de maths plus "élaborées", pas de ci, pas de ça, et pas de TikTok sur leurs téléphones.

"Ah ouais, on pourrait vivre dans des cavernes, sans rien. Pas de contraintes. En vrai, c'était le bon vieux temps, l'époque des cavernes".

Bon, c'était l'instant mignon et rigolo de mes grands ados de 18 ans.

Après, je continue à ramper.

Humpf, humpf, humpf...

Je repropose à mon mec de nous exiler en Amérique du Sud MAINTENANT. Un peu comme retourner vivre dans une caverne, tu vois. Semer des trucs comestibles, observer les oiseaux et les singes, pas trop se fatiguer.

Il refuse :" Nan  mais ma famille est ici nanana nanana (c'est à dire à 600km).

- Oui, moi aussi ma famille est ici, c'est pas une raison.

- Oui mais (pas d'arguments)"

Bon, la réalité, c'est qu'ailleurs n'est peut-être pas mieux. Bon, y a pas Macron et sa bande. Mais il y en a d'autres. Peut-on espérer vivre par petits pas, sans être trop vus, se faufiler entre les conflits, les gueres, l'esclavage (tout moderne qu'il soit) ? Echapper à la chaleur, le froid, l'absence d'eau, le vent, les virus non humains ?

C'est pas mieux ailleurs, c'est pas mieux ici. Pour l'instant, je rêve de partir. Je rampe. Le rêve ne m'élève même plus, je reste clouée au sol. Même quand je me lève le matin, je rampe, schlop schlop schlop... Comme la créature informe du Festin nu, comme une limace. Schlop schlop schlop. Je rampe du matelas à la moquette. De la moquette au parquet du couloir, du couloir à la salle de bain. Schlop, schlop, schlop. J'arrive à me dresser pour apercevoir la méduse dans le miroir. Pas fameux ce matin. Faut que ça aille enseigner. Schlop, schlop, schlop...

J'arrive en cours. "Schlop, schlop, schlop..."

"Qu'est-ce que vous dites, madame ?"

Lumière. Musique. Spots sur moi... Le show va commencer. Je suis Freddy Mercury et je vais chanter les sinus et cosinus !!!

Encore 15 ans comme ça ? Voyons... Vous plaisantez.

 

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9 mars 2023

Mais la vie continue, n'est-ce pas ? C'est quoi

Mais la vie continue, n'est-ce pas ?

C'est quoi l'inflation ? C'est juste plus de papier qui s'envole.

8 mars 2023

Le monde etc.

Nan, sans blague. J'aimerais juste m'allonger sur une plage comme un phoque et que la fin vienne.

Je sais pas. J'ai jamais eu trop d'optimisme. Mais là, j'ai l'impression qu'il n'y a pas d'espoir en vue. Pour personne, pour rien. Comment font les gens pour continuer à vivre ? Pour être heureux, même, pour se dire que tout va bien ? Comment peuvent-ils ?

17 février 2023

Il y a des jours où je déteste tout le monde. Il

Il y a des jours où je déteste tout le monde.

Il y a des jours où je n'aime personne.

 

17 février 2023

Lever Marcher bosser rentrer manger se coucher

Lever Marcher bosser rentrer manger se coucher errer déprimer.

Recommencer.

15 février 2023

Ëtre prof, c'est le bonheur de franchir les

Ëtre prof, c'est le bonheur de franchir les portes de l'établissement, et de réaliser que ce jour encore, le mot que tu entendras le plus est "enculé".

"On s'est fait enculer".

"Ah ouais, il t'a enculé".

"J'vais t"enculer"

"Machin, c'est un enculé".

Ëtre prof, c'est le bonheur de passer à côté d'étudiants que tu as eu et qui ne te calculent même pas. Certains baissent les yeux ou tournent la tête pour ne pas te dire bonjour. Alors qu'a priori, tout se passait bien entre vous.

Et puis en sortant du campus, tu croises I. Il est grand, mince et se tient droit comme un I. Il te sourit, de ce sourire éclatant et plein de gentillesse. "Bonjour Madame, vous allez bien ?" Il prend 5 minutes pour te dire où il en est. Et tu dis, waow. Il a changé,, alors que je l'avais encore l'année dernière. Et il est content de poursuivre ses études.Et ça fait plaisir. Ëtre prof, c'est ça aussi. Et poursuivre son chemin en souriant.

 

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