Idée

Tout à l'heure, en tapant un texto, j'ai écrit :
"Oh non. Je dois obsrever les étoiles."
J'ai inversé deux lettres en tappant vite et j'ai trouvé le résultat joli. Je rajoute une définition dans mon dictionnaire :
OBSREVER (verbe) : observer en rêvant.
J'avais bien appris mon cours, hier soir, je l'avais bien travaillé. Résultat : j'ai eu l'attention de 3 étudiants ce matin (sur une dizaine, c'est pas si pire), et la classe de cet après-midi m'a posé un lapin. Courage, bientôt la mort euh, la retraite.
Mais sinon, enseigner, c'est beau. Quand je montre une nouvelle chanson à mon neveu, il me dit "encore", "encore" puis "encore". Et il regarde mes lèvres pour voir comment je prononce. Et il apprend la chanson. Et après, on chante ensemble "bateau sur l'eau, la rivière au bord de l'eau". Bientôt, je lui montrerai comment faire une voix rauque et chanter "REFUSE ! RESIST !"
Aujourd'hui un cours sur l'image numérique. Demain un cours de thermodynamique.
C'est dur de toujours changer de sujet sans jamais avoir le temps de jamais maîtriser. J'enseigne de manière assez "généraliste". Mais j'ai l'impression de toujours être au taquet, survoler. Essayer de comprendre le maximum de choses, le plus vite possible. Et essayer d'analyser le mieux possible afin de synthétiser et donner à manger aux poussins quelque chose de complet mais abordable. Pas facile. Je finis toujours par bosser jusqu'à des heures indues (1h, 2h du matin), alors que mon emploi du temps indique un temps de service de vingt heures par semaine.
Me coucher tard, travailler tard ne me dérange pas, même si ce sont des heures "données" (vu le salaire que nous avons, bosser 3 heures chez soi, pour une heure de présence devant les étudiants, c'est du temps donné). Ce qui est difficile, c'est de se lever ensuite pour être devant la classe à 8h20. Et être en face d'étudiants qui discutent entre eux. Qui dorment. Qui zonnent sur leur téléphone portable. Et devoir parler. Présenter, se battre pour leur attention.
Et être frustrée parce qu'en réalité, tu aimerais bien passer davantage de temps sur chacun des sujets. Parce que toi, ça t'intéresse, le fonctionnement de tout. Le monde qui nous entoure. La physique.
Quand j'ai le vague à l'âme, j'efface des trucs que j'ai mis sur internet. Ce qui me fait un peu de bien dans l'impression de disparaître.
"T'as vu, si tu prends une fonction, tu peux l'approcher au voisinage d'un point par une fonction polynomiale, en faisant un développement limité !
- Madame, à quoi ça sert ?
- ..."
Define : "servir".
La vie, la mort... Parfois j'en rêve encore.
L'éducation (pas nationale) c'est pas ce que je pensais. Je ne m'y sens pas à ma place. Bon, je ne me suis jamais sentie "à ma place", ceci explique peut-être cela.
Non mais tu vois, tu assistes à une réunion car tu vas enseigner dans un nouveau cursus. Le mec en face de toi, il n'emploie pas le mot "formation" ou "cursus" pour les études que vont suivre les jeunes . Il parle de "produit pédagogique".
Dans ce monde tout est consommation, truc à vendre, "produit". On ne dit pas que les jeunes doivent étudier pour s'instruire, on dit qu'il doivent être "acteurs de leur formation".
Excusez-moi, tout ce vocabulaire de pute qui se vend, ça me donne envie de vomir (désolée pour les putes, c'est juste un métaphore).
J'ai envie de vomir, sans blague. Et de pleurer un peu aussi. Moi j'aimais mes profs parce qu'ils m'enseignaient des trucs. Je m'en foutais du job que j'allais faire après... Je comprenais pas tout, hein, les histoires de spin de l'électron, les orbites et patati et patata. Comprendre le monde, savoir des trucs, être émerveillée.
Là, on dit : "ouais, faut que les jeunes apprennent que dans un an, ils seront en entreprise, alors faut qu'ils apprennent à être ponctuels, ne pas porter de vêtements déchirés, et tra et tra et tralala..."
Je m'en fiche qu'ils aient des vêtements déchirés. Je voudrais qu'ils soient émerveillés. T'as vu comme c'est beau, les maths ? On dirait presque que c'est de la poésie ! T'as des nombres imaginaires. Comme au pays de Peter Pan ! T'as des irrationnels, mais ça veut pas dire qu'ils font n'importe quoi ! Et t'as vu, sinus, c'est périodique, ça veut dire que si je suis la fonction vers la droite, elle fera des vagues jusqu'à l'infini !!!! Et à gauche aussi !!!!! (bon, la salle a des murs, en fait donc, bing)
Nan, ça donne envie de chialer sa race, qu'on nous demande de produire de la chair à patrons. Je pleure un peu, là. Parce que je suis fatiguée aussi. Faire quatre heures de maths de suite à une classe, aussi mignonne soit elle, ça fatigue. Et puis, on m'a rajouté des heures, parce que y a un prof qui s'est barré. Un autre qui a levé le pied. Je dépanne une semaine ou deux. Enseigner, c'est physique. Je te promets, ça donne chaud.
J'ai plus envie, de faire de la chair à patrons.
Et puis en presque en fin de réunion, on nous a dit que dans cette école (c'est pas mon école habituelle NDLR), à la fin de l'année, les étudiants notent les profs. Ah ah ah. C'est l'arroseur arrosé, tu me diras, c'est mérité. Mais bon. Si on a une sale note en tant que prof, il se passe quoi ? On nous vire ? Ben cool. Tu sais, j'irai dans le sud du Chili faire pousser des patates. Mais ça se trouve, même là-bas, on sera plus en paix bientôt.
Bisous, lecteurs.