L'éducation (pas nationale) c'est pas ce que je
L'éducation (pas nationale) c'est pas ce que je pensais. Je ne m'y sens pas à ma place. Bon, je ne me suis jamais sentie "à ma place", ceci explique peut-être cela.
Non mais tu vois, tu assistes à une réunion car tu vas enseigner dans un nouveau cursus. Le mec en face de toi, il n'emploie pas le mot "formation" ou "cursus" pour les études que vont suivre les jeunes . Il parle de "produit pédagogique".
Dans ce monde tout est consommation, truc à vendre, "produit". On ne dit pas que les jeunes doivent étudier pour s'instruire, on dit qu'il doivent être "acteurs de leur formation".
Excusez-moi, tout ce vocabulaire de pute qui se vend, ça me donne envie de vomir (désolée pour les putes, c'est juste un métaphore).
J'ai envie de vomir, sans blague. Et de pleurer un peu aussi. Moi j'aimais mes profs parce qu'ils m'enseignaient des trucs. Je m'en foutais du job que j'allais faire après... Je comprenais pas tout, hein, les histoires de spin de l'électron, les orbites et patati et patata. Comprendre le monde, savoir des trucs, être émerveillée.
Là, on dit : "ouais, faut que les jeunes apprennent que dans un an, ils seront en entreprise, alors faut qu'ils apprennent à être ponctuels, ne pas porter de vêtements déchirés, et tra et tra et tralala..."
Je m'en fiche qu'ils aient des vêtements déchirés. Je voudrais qu'ils soient émerveillés. T'as vu comme c'est beau, les maths ? On dirait presque que c'est de la poésie ! T'as des nombres imaginaires. Comme au pays de Peter Pan ! T'as des irrationnels, mais ça veut pas dire qu'ils font n'importe quoi ! Et t'as vu, sinus, c'est périodique, ça veut dire que si je suis la fonction vers la droite, elle fera des vagues jusqu'à l'infini !!!! Et à gauche aussi !!!!! (bon, la salle a des murs, en fait donc, bing)
Nan, ça donne envie de chialer sa race, qu'on nous demande de produire de la chair à patrons. Je pleure un peu, là. Parce que je suis fatiguée aussi. Faire quatre heures de maths de suite à une classe, aussi mignonne soit elle, ça fatigue. Et puis, on m'a rajouté des heures, parce que y a un prof qui s'est barré. Un autre qui a levé le pied. Je dépanne une semaine ou deux. Enseigner, c'est physique. Je te promets, ça donne chaud.
J'ai plus envie, de faire de la chair à patrons.
Et puis en presque en fin de réunion, on nous a dit que dans cette école (c'est pas mon école habituelle NDLR), à la fin de l'année, les étudiants notent les profs. Ah ah ah. C'est l'arroseur arrosé, tu me diras, c'est mérité. Mais bon. Si on a une sale note en tant que prof, il se passe quoi ? On nous vire ? Ben cool. Tu sais, j'irai dans le sud du Chili faire pousser des patates. Mais ça se trouve, même là-bas, on sera plus en paix bientôt.
Bisous, lecteurs.
