Eternity (ni Desnos, ni Prévert)

Demain, j'accompagne sur trois morceaux. Deux à la guitare, un au charango. Cela fera deux ans que je ne serais pas montée sur une scène. "Mes" duos ont foutu le camp. A cause de moi, en partie. J'avais plus envie. J'ai toujours pas envie. On verra demain, si l'envie revient. Je crois que j'ai envie d'être seule. Jouer seule, apprendre seule.
J'habite à côté d'une église.
Bon, je me doute que mon entourage géographique est en majorité catho. La voisine du dessous fait des goûters pour des scouts dont son fils fait partie par exemple. Mais voilà quoi.
Cela paraît logique, des gens cathos qui choisissent de vivre à proximité d'une église. Sauf que j'aurais jamais pensé à ça comme critère de choix d'un logement.
Bref. Pour moi, ça passe inaperçu ou presque.
J'aime bien "mon" église, ceci dit. Elle est jolie et fait dingue dongue pour marquer les heures.
Ce dimanche je me suis levée tôt. Ouais, 9h. Si si, c'est tôt. Pour un dimanche en plus t'imagines même pas comme c'est tôt. J'avais un truc à aller chercher en ville. Un dimanche. Le truc qui m'arrive jamais.
Toujours est-il que, en remontant chez moi vers 10h30 (oui, ça monte pour aller cher moi, et l'église est en haut de la mini côte), un type me dépasse. Jeune, grand, fin, avec un bermuda. Un adulte, bref, plus un gamin quoi. Et je me dis "celui-là, avec son allure de vieux scout, à tous les coups, il va à l'église". Et une demi seconde après, je me dis : "oooh, arrête ma vieille, avec tes clichés, c'est juste un mec en bermuda quoi... Il fait chaud, c'est normal, et puis il fait un peu BCBG, gentillet et tout. C'est pas pour ça qu'il est catho..."
Bref, il me dépasse et hop ! Je le vois filer tout droit vers l'église. Et de mon église, il y avait des chants qui sortaient. La porte était ouverte. Et les chants en sortaient. Laaaaaa, laaaaaaa... Mais là, je me suis aperçue qu'en fait, le gars en bermuda, il était loin d'être seul... De toutes les rues alentour, les gens arrivaient, avec un bon rythme. Des familles, des couples, des gens seuls... Tous se dirigeaient vers un point central : Lé-gli-seu. Ben, ça m'a fait drôle. On aurait dit plein de petites fourmis, attirées par ce chant de préchi précha et compagnie... Quelque part, c'était joli. Je me disais, c'est cool, tout ces gens qui pensent qu'il faut être gentil avec son prochain, s'aimer les uns les autres, et tu ne tueras point et tralali et tralala. Mais aussi, j'ai rigolé en me disant, c'est marrant, tous ces gens qui croient qu'il y a un mec dans le ciel qui les regarde et qui a écrit des commandements sur des boîtes de pizza (euh, j'ai vu le film de Ricky Gervais : The invention of lying, c'est drôle, je te le conseille)... J'ai pensé, ils sont mignons, ces gens avec leurs croyances... Et puis je me suis rappelée que le monde va mal. Et qu'il y a plein de gens, ils font pas que s'aimer les uns les autres...
Tout ça pour dire que le dimanche matin, c'est mieux de rester couchée et de ne pas voir la fourmilière.
Tiens, hier je suis allée à Paris, ça faisait longtemps que je ne l'avais pas fait. Je suis sortie au métro Concorde, direction la Madeleine.
Punaise, ça m'a fait tout drole. La densité déjà. Je n'y suis plus habituée. Pas à cette densité là.
Et puis j'ai vu des filles. Des filles hyper chic, avec des robes colorées, des chaussures à talon. Ou avec des robes noires, hyper décolletés en V, jusque bas entre les seins. Ou avec des robes fleuries, et des grosses godasses pour faire contraste, mais quand meme avec avec des lunettes de soleil et un chapeau. Des filles de partout dans le monde. Et maquillées, et qui se tiennent bien droites.
Et que font ces filles ? Elles ont aux bras des sacs de shopping. Entre Concorde et Opéra, c'est le luxe.
Et que font ces filles ? Elles ont aux bras des sacs de shopping et elles font encore du shopping. Les vitrines se succèdent. Chaussures, robes, sacs à main. Robes, sacs à main, chaussures. Vert, jaune, violet, multicolore. Formes, plein de formes.
Les filles sont maquillées, elles ressemblent à des poupées. Elles portent des talons hauts et pointus. Et rentrent dans un magasin et puis un autre.
Beauté.
Beauté (?)
Beauté (!)
Je regarde les vitrines un peu en passant. Y a des trucs beaux et chers qui sont moches. Y a des trucs beaux et chers qui sont moches et qui valent rien.
Tiens, j'ai fini mon Bukowski. Il a dit un nombre incalculable de fois dans son bouquin qu'il était moche et ne ressemblait à rien.
Les vitrines, je ne rentre pas dedans, ni des yeux, ni du coeur.
Je regarde les filles. Je me pose la question, vraiment : "est-ce mon monde ?".
Le monde dans lequel je vis, il est si joli. Il y a des geckos bleus, des perruches jaunes, des vipères vertes, des frégates qui gonflent leur coeur rouge pour pécho de la frégate femelle. Je trouve que c'est joli. Y a pas de grands couturiers pour leur dire de se saper.
C'est idiot ce que je dis.
Les filles sapées, les boutiques, leur maquillage, leurs tailles fines, les talons... J'arrive pas à les trouver jolies. Et je me demande, est-ce le monde dans lequel je vis ?
Les filles défilent, les robes, des fils.
[Assemblés en tissus colorés]
Je dis les filles mais les mecs aussi.
Tiens, je suis allée rencontrer le boss d'un de mes étudiants pour le suivi des stages. Quand je l'ai vu arriver vers moi, chemise blanche impeccable, pantalon noir ou gris, enfin tu vois le genre, c'est tous les memes. Sourire ultrabright et un air à la Bertrand Usclat. Et blablabli et blablabla et patati et patata...
C'est le monde dans lequel je vis ? Il est drole. Avec tous ces bouts de chiffons. Ces Zappa Rances.
Quand je sors, je prends un jeans. J'ai le meme en plusieurs déclinaisons. Je mets un haut qui va à peu près avec. Je mets des pompes avec lesquelles je peux marcher à peu près.
C'est pas glamour du tout. C'est le monde dans lequel je vis. Je me pose dans un coin quand je vais pas bosser. J'observe les oiseaux. Je connais certains noms. Dans le jardin de mes parents, les mésanges charbonnières ont fait des oisillons. Faut penser à leur laisser de l'eau. Parce que le réchauffement climatique tout ça...
Y a un titre de Satriani qui s'appelle Not of this Earth.
Y a un album de Bowie qui s'appelle Earthling.
Ce texte, c'est n'importe quoi.
Vous m'avez appris à être faible
J'ai appris à pleurer
En cachette
Vous m'avez appris à être forte
J'ai appris à pleurer
En silence
Je ne me reconnais pas dans les critères de beauté de ce monde.