"Madame... Vous en pensez quoi, de la Russie ? -
"Madame... Vous en pensez quoi, de la Russie ?
- C'est un beau pays.
- Mais madame, c'est la guerre, on a peur. On va tous mourir !
- Ça, c'est indéniable."
"Madame... Vous en pensez quoi, de la Russie ?
- C'est un beau pays.
- Mais madame, c'est la guerre, on a peur. On va tous mourir !
- Ça, c'est indéniable."
Faut-il se résigner ?
Faut-il s'enfuir ?
Faut-il se bagarrer ? J'ai jamais aimé ça, moi, la baston.
Je suis une idéaliste. Les idéaux méritent-ils qu'on se bagarre ? La vie mérite-t-elle qu'on meurre ? La mort n'est elle pas la plus belle et moins éprouvante issue ?
J'ai passé l'aspirateur.
J'ai fait une lessive.
J'ai lu un poème.
J'ai erré par ci, par là.
J'ai répondu à des e-mails.
Tout ça m'a semblé bien plus passionnant que ce TP que je dois rédiger. J'ai pas envie d'enseigner.
Oui, je sais, c'est sympa, les électrons qui se baladent sur un écran en faisant des sinusoides. Ou des carrés. Ou des trianges. Ou autre chose. Mais bosser pour etre payée, quelle drole d'idée.
J'aime bien les langues. Le français, c'est pénible mais joli. J'aime bien l'anglais, c'est simple et parfois très musical. Quand j'étais ado, je kiffais mon cours d'anglais. J'étudiais beaucoup et je pouvais enfin comprendre les textes des chansons que j'aimais et les apprendre par coeur. Je me souviens encore de passages entiers du manuel scolaire de l'époque "Imagine you're English". Ah ah.
Il y a l'espagnol, c'est ma langue maternelle. Un truc marrant : quand je chante en espagnol, ma voix change, on dirait que j'ai plus de puissance. Comme si c'était ma voix "naturelle", alors que je parle bien mieux français - et sans doute meme anglais - qu'espagnol.
J'ai essayé d'étudier le chinois, trois ou quatre ans je crois. Il y avait des cours le samedi à la médiathèque de ma ville Le parler ne doit pas etre si dur. Il faut travailler l'accent. Mais l'écrire, bonjour. Il faut apprendre constamment les caractères. C'est pas 26 lettres et puis basta. Que nenni. Déjà pour, disons, se débrouiller dans la vie courante, il faut en avoir au minimum 100 dans la tete. J'ai laissé tomber parce que ça ne collait plus à mes horaires. Et puis certaines personnes parlaient trop bien pour le niveau du cours et donc ceux qui venaient pour seulement apprendre, comme moi, étaient dépassés. Quand la prof cause 15 minutes avec un mec qui est presque bilingue et toi tu te bats pour dicerner 2-3 mots, ça ne peut pas marcher sur la durée. Ou alors faut avoir une force de caractère que je n'ai pas. Et puis le chinois, c'était juste pour le fun, aucun enjeu. Donc j'ai arreté.
Après, ils ont ouvert un cours de russe dans ma ville. C'est la langue que je voulais étudier depuis longtemps. Me demande pas pourquoi, je ne sais pas. Non, aucune envie d'aller monter des ours avec Poutine. J'en ai fait quelques années, en petit comité avec 5-6 autres inscrits. C'était plaisant mais difficile. La grammaire est un peu compliquée, mais ça va.
Et puis, il y a eu 2019. Les cours ont été arretés pendant une période, puis ont repris, puis ont eu lieu par visio. J'ai pas fait la visio. J'ai pas suivi, ça m'a soulé, meme pas essayé. Le reste de la classe a continué, sans moi. J'avais payé mon année quand meme mais bon. Le fric quoi. Je m'en fous. Parce que je peux encore m'en foutre, on est d'accord. Une année sans presque rien. J'avais les documents par mail, je ne les ouvrais pas. Pas de motivation ou je ne sais quoi.
2021, cet été, je me suis réinscrite pour la rentrée. Ce cours de russe était fragile, à cause du petit nombre d'inscrits. Et en septembre, ils ont mis en place le pass sanitaire. Je me suis dit que non, je n'allais pas payer une troisième année pour rien. J'ai annulé mon inscription. J'ai appris par la suite que le cours avait sauté. Ils n'ouvrent pas le cours pour trois personnes. C'est dommage, c'est la vie. Enfin la vie que certains ont décidé pour les autres.
Non mais j'aime beaucoup l'anglais. Tiens j'aime beaucoup le mot "collapse". C'est rigolo comme mot, non ? Drole de son, un truc qui dégringole, se déglingue, se casse la gueule, s'éffondre sur lui meme. Le son est un peu joli, comme une canette ou bouteille de soda ou de bière qui s'ouvre. Sauf que j'aime pas les canettes, ni les sodas... Mais le son, oui, c'est joli. J'aimais bien le sens aussi, mais en 2022, il fait un peu peur. Peur comme quand tu montes sur une montagne russe. Peut-etre que quand tu te retrouves de nouveau en bas, à la fin, tu te diras : "ah, c'était bien".
Oscilloscope, signaux sinusoïdaux, circuits RLC, passe-bande, passe bas... Ouais. J'ai jamais kiffé cette partie de la physique.
Peut-être parce que je suis nulle en trucs de terrains. J'ai toujours kiffé la théorie, mais plutôt la méca, tout ça.
En licence ou en deug, je sais plus (les niveaux qui n'existent même plus ah ah, c'est dire qu'on est vieux), j'avais un prof d'électronique qui était tout le temps bourré. Et moi je ne comprenais rien à son cours. N'y vois pas de lien de cause à effet. C'est pas parce qu'il était bourré que je ne comprenais rien, c'est juste que j'étais une quille et que je ne bossais pas la matière sans doute ou pas de la bonne manière.
Un jour, on avait un TP noté. Donc sur la table, oscillo, composants, circuits. A l'oscillo, ça faisait des trucs, des courbes... Pas du tout des trucs cohérents avec les questions de l'énoncé. Je stressais, à cause de la note, bien sûr. Je touchais à tous les boutons, mais rien, rien de rien, non, je ne comprenais rien.
Mon voisin était Francky, celui qui est docteur en physique maintenant. Ouais, il touchait sa bille. Et il était amoureux de moi. Quand il a fini son TP, il lui restait un peu de temps, il s'est approché de mon oscillo et à commencé à regarder avec moi et à tripoter mes boutons (non, pas mes boutons, ceux de l'oscillo, espèce de vicelard).
Et moi... Je me suis énervée... Je lui ai dit, en gros "fous-moi la paix, laisse-moi tranquille". Et il a répondu en s'énervant un peu : "mais... je veux t'aider !" et j'ai dit "Naaaaaaan !!!!!"
Oui. Tu savais pas mais : j'ai un sale caractère. Et : je déteste ne pas arriver à faire un truc toute seule, par moi-même. Donc j'ai eu une sale note. Mais c'était MA sale note. Et en plus, je déteste tricher. J'ai jamais triché à l'école.
Bref, je dois bosser sur les oscillos pour mes étudiants.
La douceur de certaines chansons fait oublier quelques minutes l'affreux monde. EN 2001, je crois, je suis allée au Brésil. J'ai rencontré une jeune femme, amie de mon chéri de l'époque. Il y avait un concert de Gal Costa sur la plage. Je ne connaissais pas. Je ne l'ai pas vu. L'année dernière, elle passait à Paris et j'avais prévu de la voir. Le concert a été annulé.
La police d'internet me tue.
C'est vrai qu'il faut pas dire n'importe quoi sur internet, bordel !
T'imagines, t'es dehors, tu prends un café, tu parles à une copine, et là, y a un gars, je sais pas moi, le serveur du bistrot (sauf que j'ai pas le droit d'aller au bistrot, mais imagine quand meme), il arrive et te dit avec un air réprobateur : "quelles sont VOS SOURCES ????"
Faut pas dire n'importe quoi sur les réseaux sociaux ! En fait, c'est mieux de fermer ta gueule, tout le temps..
Ceci dit, c'est meme pas vrai... Le nombre de fois qu'on m'a dit dans ma vie : "t'es pas très causante, toi. Tu fais la gueule ? Tu nous aimes pas ?". Mais pas tant que ça en fait. Les gens adorent s'écouter parler. Bref. La police des réseaux sociaux me tue. De toutes façons, je suis d'accord, les réseaux sociaux, c'est de la m _ _ _ _. (je m'autocensure, à bas la liberté d'expression, merde !!!! Oups... J'ai dit merde ! Ah, fuck, je l'ai redit !)
Bon après-midi, je vais aller m'acheter des abricots séchés et des noix, comme une bobo.
Ce soir je suis prise d'une sorte de nausée.
Je pense à tout ce qui est fait et qui se laisse faire... Et je pense que c'est mal, mal, mal.
Je sens un écoeurement, mon estomac se serre. J'ai envie de dégueuler cette vie.
Pourquoi faut-il toujours qu'on travaille avec des cons ? Des égoïstes, des branleurs, des mythos... Etant prof, on n'échappe pas à cette règle.
Si tu poses la question, je fais partie de la catégorie des branleurs. Moins j'en fous, mieux je me porte. Mais ce que je fais, j'essaie de le faire bien et si possible pour le bien de mes poussins (je sais c'est nul, mais mes étudiants, je les appelle parfois comme ça).
Bref, les collègues, quoi...
Au final, on s'en fout. Ash to ash, Dust to dust, fade to black... Roar.