O2.
Je vais mourir frustrée. C'est certain.
A une période de ma vie, je couchais épisodiquement avec un mec, une aventure bof bof, qui n'a pas duré des lustres.
A chaque fois qu'on avait baisé (presque aussitôt en fait), il me demandait sur un ton presque médical :
"As-tu eu un orgasme ?"
La première fois j'ai été surprise, je ne m'attendais pas à la question si brute. J'ai répondu : "Non."
Et rebelote à chaque fois, même question même réponse.
Un jour j'ai fini par répondre : "Pourquoi tu poses la question à chaque fois ? Si tu ne fais rien de différent, pourquoi voudrais-tu que la réponse change ?"
Et surtout, je ne montrais aucun signe d'orgasme, aucune démonstration, rien.
Bon, c'était surtout pour qu'il s'interroge. La réalité c'est que j'ai l'impression que la plupart des mecs se fout de l'orgasme de sa partenaire, surtout une fois qu'il a atteint le sien, je prends ma BD, mon magazine et je passe à autre chose. Et nous, il ne nous reste que l'envie. Et puis on s'habitue, et puis on finit peut-être par s'en foutre. Parfois, on va voir ailleurs, si l'herbe est plus verte. Elle l'est rarement.
... qui me séparent de la fin de l'année. Une mère d'élève me les brise. Son fils aussi. Je veux pas y aller, le matin. Je suis pressée de partir, le soir.
Heureusement qu'on se marre parfois, avec certains. Les 1ères m'apprécient, on est un peu complices. Avec les terminales, c'est tendu. L'année a mal commencé. Y a de la tension entre nous. Les aider à aller au bout de leur projet de bac et me casser.
Les grands, en BTS, sont sympathiques, mais leur niveau est effrayant. Tout fout le camp. Les profs de longue date... Ces héros.
Le pays où je suis le mieux est celui du sommeil. Là, pas d'heures à attendre patiemment, ton appel. Pas de conflits, pas de guerres, pas de LBD, de CRS ou d'oeil crevé.
Depuis toujours. Exister, manger, dormir. Ah, dormir. Se réfugier dans un coin chaud, où la déception amoureuse n'existe pas, où tu es en paix quand ton passé ne revient pas, en rêve.
Passer les heures, passer la vie. Passer les amours aussi et passer les envies. En rêve, elles peuvent être assouvies. -Parfois-
Passer l'attente de tes caresses, repasser mes mains sur tes fesses, sans que tu me dises que tu regardes le film et que tu ne peux te concentrer que sur un truc à la fois.
Passer ma main dans tes cheveux, m'attarder sur les lumières dans tes yeux. Oh, dormir encore un peu.
Tu as choisi de caler une séance de studio à un moment où nous aurions pu nous évader quelques jours ensemble. Comme si nos possibilités étaient infinies. Soit.
Il y a des choses qui doivent se vivre ici et maintenant. A quoi cela servira de nous envoler quand tu auras fini tout ce que tu as à faire ? A regarder nos décrépitudes dans le blanc des yeux? Moi je veux vivre. Et toi aussi. Mais nous n'avons pas de désir pour les mêmes choses, dirait-on. Comme je comprends pourtant, ton amour pour la musique ! Mais je ne veux pas, non, je ne veux pas être le truc que tu cases en dernier, quand tout le reste est programmé. Comme si, dans le fond, c'était tragique de décaler un enregistrement de quelques jours ou semaines, alors que ne pas me donner de temps ne l'est pas. C'est ton choix. Et uniquement le tien.
Le bonheur n'est jamais prêt en même temps que toi.
Soirée de réveillon chez moi, chaussons et pyjama ou presque. Enfin. Solitude chérie.
J'ai si peu envie de retourner au travail lundi. Le bruit, les cris, les gens... J'ai tenté de corriger des copies aujourd'hui. J'ai fait une question et demie puis j'ai arrêté. L'envie n'est pas là.
Nous avons toutes le souvenir de "non mais oui". De refus qui ont été niés, de douleurs négligées. Et tous ces mecs qui nient être des connards, qui ne veulent pas comprendre. Ils sont sans doute les pires.
J'ai foutu tout en vrac dans ma maison. Ménage d'hiver. J'ai envie de jeter plein choses. Faire le vide. Le vide de ce trop plein, de tout. Faire de la place. Foutre à la benne l'administratif périmé, les choses à regrets, les choses à regret... Je suis sentimentale.
Je retombe sur des correspondances. Des belles, écrites à la main. Et des e-mails imprimés. Mon mec se foutait de moi l'autre jour... Des mails, imprimés ? Y a que toi, pour faire des trucs pareils. Comme si l'essence même d'un mail était de ne pas être sur papier. M'en fous. Pour moi la correspondance doit pouvoir se renifler. Celle-ci date de 2000, 2001... Peut-être d'avant ou d'après.
Je lis. Des lettres d'une bonne copine. A l'époque je l'appelais amie. En ignorant volontier que l'éternel n'existe pas, ni en amour, ni en amitié. Je lis, ces lettres délicieuses. Elle avait un vocabulaire très riche, était malicieuse. Je l'aimais beaucoup cette amie. J'aurais aimé garder contact avec elle. Nous étions trois bonnes amies. Je les avais retrouvées de manière éphémère un peu avant 1998. Mais j'ai fui quand, la troisième a décidé de rester avec un mec qui l'avait amochée en la frappant. Je ne supportais pas de la voir ainsi. Mais surtout, je ne supportait pas de le voir lui. Comment aurais-je pu continuer à le voir, être sociable ? Non. Un jour j'ai de nouveau coupé les ponts. Je sais qu'elles deux sont toujours en contact. Je regrette un peu, la belle littéraire, j'étais plus proche d'elle. Son prénom voulait dire pomme dans une langue d'Asie. C'était mon amie d'enfance. L'enfance doit rester en arrière, pas vrai ?
J'attendais ces vacances depuis tellement longtemps (depuis les dernières en fait). La fatigue allait croissant. Et puis j'ai été malade. Et il y a eu la grêve. Je n'ai aucune foi. J'attendais ces vacances pour vivre. Ne plus penser, à ces copies, à ces gamins, à ces collègues.
Mais il faut se rendre à l'évidence, je ne vis pas. Je suis en vacances, depuis ces quarante-huit heures, et je ne vis pas. Mon cerveau est aussi plat que je ne sais pas quoi, l'encéphalogramme de Johnny Hallyday...
Je zone. Je commence des choses que je ne finis pas. Je traîne. Je ne vis pas. J'ai besoin du vide absolu. Du rien intense. Je me dis encore que cette vie est absurde. Passer d'être au taquet à n'être rien, n'avoir envie de rien.
Mardi je retrouve ma famille. Et je serai "rien" autrement. J'existerai sans vivre.