(co)locataires V
Ses refus sont vexants. Il y a des jours où ils me font très mal même. Ils sont en contradiction avec le fait qu'on est quand même assez complices au bureau. Peut-être est-ce ce qui me trouble.
Je suis d'un naturel assez fier. Et pourtant, je recommence.
On fini par se voir quand même un peu en dehors, avec nos amis communs, seuls parfois, mais très rarement Quand on organise des sorties entre collègues aussi..
J'ai l'impression que je passe ma vie à l'attendre. Le matin j'attends qu'il arrive au bureau. Ensuite j'attends qu'il m'envoie des signes. Quand je lui propose des sorties, j'attends qu'il me réponde. Il ne se presse jamais pour ça. Quand il a accepté, je l'attends encore. Je me souviens d'une attente interminable devant la Fontaine St-Michel. Je me décomposais en regardant l'heure tourner, finissant par croire qu'il me posait un lapin. Mais non, il était juste très très très en retard. Un soir on avait rendez-vous chez moi, et l'attente a été si longue que j'ai fini par ne plus la supporter et je suis partie. Le soir, les week-ends, j'attends ses coups de fils, ses messages qui sont pourtant rares. Je suis un peu pathétique et j'en ai conscience.
Pourquoi j'agis de cette manière? Je n'en ai aucune idée. Peut-être que la proximité physique aide a entretenir une forme de dépendance. Et il y a quelque chose de complètement irraisonné dans mon comportement. Il m'attire. Il est beau, mais pas exceptionnel, mais il a quelque chose dans son regard, dans son sourire... un air malicieux. Et il ne se livre pas sur tout ce qui est intime, bien que je sois la personne à qui il se confie le plus. Il reste un mystère et je voudrais faire tomber les barrières.
Pourtant, au fil des mois, je me fatigue... Je continue à le draguer mais ça devient comme un jeu, une habitude. Un jeu quand même douloureux parfois quand se ranime une bribe d'espoir. Nous nous confions l'un à l'autre, quand nos collègues nous exaspèrent, quand nous avons telle ou telle tâche à faire. Nous nous donnons des conseils pour progresser dans nos activités, autour de nos relations avec nos chefs, nos collègues. Nous nous soutenons mutuellement dans notre environnement de travail.
(co)locataires IV
Chaton et moi travaillons dans la même équipe mais pas vraiment ensemble.
Quand j'arrive, les gens sont dans des bureaux à deux ou trois. Ensuite nous déménageons dans un pré-fabriqué pour quelques mois, avant de déménager sur un autre lieu avec des plateformes de bureaux en open-space. L'équipe est jeune, l'ambiance est sympathique. Nous travaillons mais nous amusons aussi. Dans l'open-space, Chaton et moi sommes dos à dos, séparés par une rangée de grosses armoires. Nous pouvons communiquer par boulettes en papiers, avions... Nous prenons nos pauses-café avec le reste de l'équipe. Parfois en groupe plus restreint. Mais notre moyen de communication privilégié reste l'e-mail en interne quand l'activité n'est pas trop intense. Nous nous envoyons de petits mots autour de nos loisirs, de nos goûts musicaux, cinématographiques. Nous nous découvrons des goûts communs.
Nous découvrons une coïncidence amusante. Un de mes meilleurs amis et un de ses meilleurs amis sont collègues dans une autre boîte, et sont devenus amis aussi. Cela nous permettra plus tard d'organiser des sorties badminton à quatre, le week-end.
De temps en temps, dans mes e-mails je lui balance des petites piques, des taquineries gentilles. Je lui suggère qu'il me plaît. Parfois il joue avec moi, parfois pas, mais pas de la même manière. Ce qui est amusant c'est que nous n'avons que quelques pas à faire pour nous voir, il suffit de passer distraitement dans le couloir pour voir la réaction de l'autre à un message fraîchement expédié.
Petit à petit, j'avance. Je tente ma chance plusieurs fois. En lui proposant des sorties après le boulot. Des restaurants, des cinémas... Des concerts (je cherche à m'adapter à ses goûts musicaux, là où ils rejoignent les miens), des balades. Il refuse. Une fois, deux fois, trois fois... Un nombre incalculable de fois...
Dans Chroniques Martiennes, un homme rencontre un
Dans Chroniques Martiennes, un homme rencontre un martien. Les deux se voient, se parlent, mais quand l'un tend la main vers l'autre, il le traverse comme s'il n'était pas fait de matière. Ils se perçoivent mutuellement comme des fantômes.
Lui et moi sommes un peu comme eux. Nous partageons le même temps et le même espace mais nous nous traversons sans jamais nous toucher. A travers nos corps nous continuons à voir la lumière des étoiles.
Je me sens consumée de désirs insatiables. Mon
Je me sens consumée de désirs insatiables.
Mon désir semble sans fin, rien ne peut le combler ou le satisfaire, je me sens vide, vide, vide.
Premier jour
L'éternité, monsieur, commença pour moi un soir de juillet dans l'autobus 96 qui fait la navette entre Montparnasse et la porte des Lilas. C'était il y a quatre ans. Au carrefour de l'Odéon, une jeune fille, vêtue d'une jupe noire à volants, les chevilles gainées de longues socquettes blanches, vînt s'asseoir en face de moi. Instantanément mes regards se fixèrent sur elle. Je fus littéralement ébloui par ce visage que je contemplais en retenant mon souffle. Je ne sais ce que j'admirais le plus en lui: ses joues qui semblaient une pâte pétrie dans le lait ou ses cils qui caressaient des yeux verts tout en faisant barrage aux œillades indiscrètes. Je ne la voyais pas, j'étais aveuglé, hypnotisé et n'avais qu'un désir: l'aborder; qu'une terreur: la laisser partir. Mon admiration devait manquer de mesure car l'inconnue tourna bientôt la tête avec un soupir excédé et j'eus peur un instant qu'elle ne changeât de place. Mais cette réticence à laquelle je trouvais du raffinement ne la rendit que plus chère.
Ne riez pas de l'autobus; il n'est pas de lieu d'élection pour un coup de foudre. Même une boîte roulante peut devenir l'antichambre du paradis si l'on croit au hasard. Ma préférence ira toujours à l'être de rencontre sur celui que me présentent des amis: car le sort qui arrangea notre conjonction continuera mystérieusement, je l'imagine, à la féconder. Et l'imprévu demeure la seule puissance capable de rendre de la chaleur à la vie.
Pascal Bruckner, Lunes de fiel
-Al13
La veille de notre retour en France, le violoniste appelle mon amie pour aller dîner quelque part et écouter de la musique, alors que nous dégustions une glace toutes les deux. J'espionne d'une oreille distraite et j'entends ma copine dire que nous allons passer à la maison d'abord afin de prendre une douche. Il lui demande si je ne veux pas prendre plutôt une douche chez lui (rappel de l'épisode du bain de boue ah ah ah => rire jaune).
Nouns rentrons donc le temps de nous faire belles... enfin, de mon côté, autant que faire se peut avec ce qu'il me reste d'affaires propres dans ma valise, c'est à dire pas grand chose. Bref, on fait ce qu'on peut avec les moyens qu'on a. Vers 22h, nous sortons avec mon amie et passons le chercher chez lui. Il monte à l'arrière et nous fait des compliments. Aussitôt il se met derrière moi et commence à me masser le cou et sous les cheveux. Decidémment, ce jeune homme ne sait pas garder ses mains dans ses poches. Vais-je m'en plaindre? Loin de moi cette idée.
Nous nous arrêtons à une station essence. Lui pour aller au distributeur et mon amie pour aller s'acheter des unités de téléphone. Je reste dans la voiture. La musique qui tourne est un CD de Astrid Gilberto. Il revient en premier et recommence à me caresser le cou, les bras. Ses mains sont douces et chaudes. Il me dit que j'ai l'air toute douce, puis que je suis très belle. C'est amusant. Je sais qu'il me flatte et que c'est un dragueur mais il le fait de manière tellement gentille. Et puis ça me fait plaisir et je n'ai plus que quelques heures à passer dans ce pays. Je lâche prise doucement. C'est simplement tout doux comme un flirt de vacances d'adolescents, même si nous avons passé l'âge.
Il me demande à quoi je pense. Et je réponds simplement "A rien". Et c'est la vérité, mon esprit se laisse simplement porter par la douceur de la musique et la sensualité du moment. Je l'entends qui dit doucement "Un baiser..." Je le regarde intriguée parce que je ne sais pas si c'est une requête, une question... L'intonation est tout simplement bizarre. Il répète: "Un baiser volé..." Puis il dépose un baiser sur ma joue. C'est un joli moment. Gentil et naïf.
Mon amie revient. Il lui dit "An' a l'air toute douce." Elle rit en lui répondant: "Méfie toi!" Je ris aussi (c'est qu'elle commence à me connaître!) et nous repartons.
La soirée n'a pas été géniale en fin de compte. Nous tournons pour trouver un lieu où dîner, mais là où nous sommes, beaucoup d'endroits ne servent plus après 22h. Nous atterrissons sur une place pour prendre un verre et discutons. Mais la discussion ne me captive pas. Je préfère planer un peu en buvant une bière. Mon amie et moi avons fait beaucoup de choses dans la journée et sommes épuisées. Le moment est agréable, quand même, mais nous nous quittons de bonne heure (minuit, une heure?) Quand nous nous séparons, il m'embrasse sur la joue. Il nous dit qu'il va bientôt venir à Paris pour travailler sur un projet. On verra... si ça arrive ou pas.
-Al12
Le lendemain alors que nous allons faire une course (il doit être près de 20h), le téléphone de mon amie sonne. C'est le violoniste qui appelle. Je tends l'oreille alors pour savoir ce qui se dit. Je comprends qu'il propose une sortie. Mon amie répond que nous avons fait beaucoup de choses dans la journée et que nous sommes fatiguées. "Zut!" me dis-je. Je n'entends pas la fin de la conversation car elle descend faire sa course. Quand elle revient cinq minutes plus tard, elle a déja raccroché, et ne me raconte rien. Ce n'est que dix minutes après qu'elle me dit "An', nous allons passer chez le violoniste: il m'a demandé si je pouvais l'amener chez un ami à lui car il doit aller chercher une voiture qu'on lui prête". Je dis OK et nous y allons.
Arrivées devant chez lui mon amie se range sur la bordure de la route. Mais voilà, il a beaucoup plu les jours passés et au moment de faire marche arrière pour se ranger, la voiture se retrouve enlisée. Mon amie s'enerve un peu, alors je lui dis de rester calme et descends pour voir comment est le sol. En effet c'est bien mouillé alors je lui indique comment tourner, en restant à côté de la voiture. Sauf que... la terre est bien humide... C'est même de la boue assez liquide au sol. Alors quand elle appuie sur l'accélérateur, la roue m'envoie des projections de boue à peu près de la tête aux pieds. Le premier cri de surprise passé, nous nous regardons toutes les deux et partons d'un fou rire. Elle de me voir couverte de boue (j'en ai même dans les cheveux, c'est dégoutant) et moi de me voir ainsi aussi mais surtout de voir son expression horrifiée.
Le violoniste nous a entendues et il sort. Il désembourbe la voiture en moins de deux et me dit "Je ne peux pas te laisser repartir comme ça, tu vas prendre une petite douche". Je ne me rends pas compte de l'étendue des dégats (il fait nuit en plus), mais je me dis que ce ne sera pas du luxe alors je le suis dans la résidence. Mon amie reste dans la voiture. Il va chercher une clef et ouvre une pièce en rez-de-chaussée, c'est une salle de douche. Il me dit "c'est là" et rentre avec moi. Ça fait un peu bizarre cette situation. Il accroche une serviette sur la tringle du rideau de douche et me dit: "Le plus simple c'est que tu rentres là dedans." Alors j'enlève mes chaussures, mais il est toujours là. Il soulève un peu mon haut en me disant: "Il faut enlever ça". Hum... On dirait qu'il a envie de m'aider à me déshabiller. Mais c'est bizarre, parce qu'il le dit très gentillement, le plus naturellement du monde. Alors je lui souris et lui réponds "Je vais me débrouiller" et hop, je monte dans la douche. Et tire le rideau. Il me dit que dans ce cas, je peux lui passer mon t-shirt et ma jupe pour les nettoyer un peu. Je les lui passe par dessus le rideau de douche et me lave... J'étais bien couverte de boue tout de même. Ensuite il me redonne mes vêtements... Il n'y parait presque plus. Quand je sors, je le trouve derrière le rideau en train de nettoyer mes chaussures. Je suis gênée de tant de gentillesse envers moi, d'autant plus que j'ai bien dégueulassé la salle de bain. Il y a de la terre dans la douche, par terre. Je veux aider à nettoyer mais il ne me laisse rien faire. Je suis touchée. Ensuite, il me dit "Viens, je vais te montrer où j'habite". Nous traversons le préau et il ouvre sa porte: une chambre avec un lit, un bureau, une TV et des instruments de musique. On dirait un studio d'étudiant.
Je l'aime bien. Il referme tout, et nous repartons vers la voiture. Nous rions de la situation et il me prend par la taille en disant mon prénom. Un comportement très sud-américain. Nous marchons comme ça pendant quelques secondes. Je crois qu'il m'aime bien aussi.
-Al11
J'ai rencontré un homme récemment, plus âgé que moi. Nous avons étés présentés par une de mes amies avec qui je voyageais. Ce soir, là nous sommes passées le chercher en voiture pour aller à la fête d'anniversaire d'un de ses amis à lui, fête où il y aurait de la musique et où lui même jouerait certainement (il est violoniste). Quand je le vois arriver, je constate quelque chose de spécial. Il n'est pas vraiment beau, à mon goùt. Ce n'est pas mon type d'homme mais je suis obligée de remarquer qu'il dégage quelque chose. Issu de différents métissages, il a un physique particulier. Mais surtout je trouve qu'il dégage une grande gentillesse. C'est toujours bizarre de ressentir quelque chose de si marqué en quelques secondes, étant - de plus - inexplicable et inexpliqué. Intuition féminine?
Il a une voix douce et quand nous nous faisons la bise, il prend bien soin d'être attentif à mon prénom. Il me demande si je vais bien avec douceur, comme si nous nous connaissions de longue date. En plus, il sent bon.
Je ne suis pas d'un naturel sociable et je suis assez réservée, au moins dans les débuts d'une relation. Avec lui, je me sens tout de suite à l'aise. Sa conversation est agréable, légère, il fait souvent des petites blagues gentilles, innocentes mais qui vont bien avec sa personnalité.
Nous passons prendre quelques trucs à grignoter en centre ville avant de partir car mon amie a faim et notre fête est à une heure de route.
Sur place, il y a une barbecue. Le violoniste est très prévenant avec nous. Avec l'une comme avec l'autre, il a plein de petits gestes qui font plaisir. Un côté protecteur mais sans le côté macho. Plein de gentillesse.
Plus tard dans la soirée, nous sommes assis tous les trois à une table et il demande à mon amie si son dos va mieux (elle a eu mal dernièrement). Il lui passe la main dans le dos, constate des points de tension et commence à la masser pendant quelques minutes. Bon. Elle le remercie. Il se tourne vers moi et me dit alors en tendant la main "fais voir ton dos". Je n'aime pas trop le contact physique avec les gens que je ne connais pas (et même avec ceux que je connais, en fonction du contexte) mais ça ne me dérange pas. Je me laisse faire. Il s'arrête à un endroit de ma colonne vertébrale et me dit "là, il y a un noeud". Je ne trouve pas. Je ne suis pas stressée depuis plusieurs mois, je ne me sens pas tendue du tout mais je ne le contredis pas. Son massage n'est pas désagréable. Alors je laisse aller.
S'ensuit un conversation entre lui et mon amie sur le don de savoir masser, en faire une profession ou pas... Moi je rêvasse, présente sans l'être vraiment. Je profite de la douceur du climat et subis la musique. En effet, il y a un groupe qui joue à l'intérieur (nous sommes sur la terrasse), des chansons plutôt sympathiques mais à un volume bien trop élevé pour la qualité acoustique disponible et le chanteur crie bien plus qu'il ne chante.
Plus tard encore, le violoniste va chercher son violon et monte sur scène avec le groupe auquel il se greffe. Le rock et le reggae ne sont pas vraiment son répertoire habituel mais il s'intègre et ça donne plutôt bien. Rien d'exceptionnel parce que le groupe n'est pas excellent, mais c'est plaisant.
Il ressort de tout ça qu'il a bon caractère, qu'il a de l'humour et qu'il est doué en musique. Il a du charme aussi.
Au retour, il est encore assis à l'arrière dans la voiture, il me masse la nuque puis à mon amie aussi. Je me souviens que nous avons beaucoup ri sur le chemin du retour à cause de la route dans un état lamentable qui nous secoue dans tous les sens. J'en apprends un peu sur lui. Il a deux grandes filles, de deux femmes différentes. Il est resté peu de temps avec chacune. Il a dix-hut ans de plus que moi.
Nous rentrons à trois heures du matin.
Lorsque nous nous séparons je lui dis que ça m'a fait plaisir de le rencontrer, chose que je dis assez rarement, en particulier en présence d'une troisième personne.
