Bizarre.
Il était plein de rancune. Envers de choses qui pouvaient paraitre risibles (j'ai bien dit paraitre). Il en voulait à la France et donc une fois son diplome en poche il l'avait quittée (il est français) pour ce pays qu'en fait il n'aimait pas davantage. Peut-être que déja je me suis aperçue que ça tête prenait trop le controle sur son coeur. Mon amie le trouvait parfois antipathique. Amer. J'étais entre étonnée et perplexe. Mais enfin, on discutait.
Le week-end suivant mon amie devait partir je ne sais plus où et donc je devais rester seule chez elle pendant les deux jours avant mon retour en France.
Elle m'a proposé de demander à Bruno de m'emmener diner vendredi soir et de me conduire à l'aéroport le dimanche.
Les moments où nous retrouvions seules, nous discutions jusque tard le soir. Je souffrais énormément.
Donc le jour où elle est partie, Bruno est venu me chercher chez la maman libanaise. Et nous devions aller dans un restaurant qu'il connaissait. Il était un peu tard et nous avons été pris aux piège des rues à sens unique de la ville. Arrivés devant l'endroit recherché, nous avons trouvé la porte fermée et nous sommes rabbattus sur un italien. Le chagrin remontait à la surface. Nous discutions de tout et de rien, je ne sais plus très bien. Ses mains s'agitaient dans tous les sens sur la table. On aurait dit les ailes d'un papillon. Il n'était pas très à l'aise. Les larmes me sont montées aux yeux. J'étais impuissante devant ma peine. Alors je luis ai expliqué dans quelle situation j'étais. En fait mon amie lui avait raconté mais il gardait le silence sur le sujet par discrétion. Nous avons dîné puis sommes partis nous promener dans la ville. La nuit facilitait nos échanges. Je me suis confiée à lui. Il était très compréhensif. Ensuite il m'a ramenée chez la maman libanaise.
Le lendemain (samedi) il est venu me chercher aussi, nous nous sommes promenés, discuté, écouté des chansons "girlie" dans la voiture, c'était amusant. J'ai commencé à le découvrir aussi.
Il a commencé à sa confier à moi.
A un moment, peut-etre plus intime que les autres je lui ai demandé ce qu'il ressentait pour moi. Sa réponse a été "A peu près rien"
Je me suis sentie le coeur léger. J'aimais cette réponse. Il était cet inconnu à qui je disais tant de choses et en même temps nous restions encore étrangers. A peu près rien était ce que je ressentais aussi pour lui. Nous étions simplement deux âmes en peine. Mais une telle franchise ne pouvait qu'être un bon départ pour unr relation entre nous. A peu près rien était aussi ce qu'il ressentait vis à vis de tout le monde... Enfin, pas tout à fait. Il savait ressentir souvent de la colère, de la rancune, de la jalousie. En fait il enviait ma peine car lui n'avait jamais aimé. Cette confidence me semblait tellement incroyable... N'avoir jamais aimé, comment était-ce possible? Je me souviens de mes amourettes de bac à sable, de mon cancre en primaire, de tant de petites histoires, de mes chagrins de lycée et de lui enfin. Ne pas avoir aimé était sans doute le chose la plus inconcevable et la plus triste que je pouvais imaginer à cette époque. Et en même temps, pour lui l'amour était la plus belle chose et elle lui semblait inaccessible.
Dimanche enfin, il est venu me chercher pour la dernière fois et nous avons pris la direction de l'aéroport.
Nous avons pris un dernière verre ensemble tout en discutant toujours puis le moment de nous séparer est arrivé. Je lui ai dit au revoir avec un pincement au coeur, même si j'étais pressée de fouler de nouveau l'autre terre, celle où Lui était aussi. Je sais que Bruno était un peu triste aussi. Nous avions passé si peu d'heures ensemble et avions partagé tellement.
De retour en France j'ai repris mon stage. Bruno et moi avions échangé nos e-mails et sur les coups de 17h mon coeur devenait léger car je savais que j'allais avoir de ses nouvelles. Nous sommes devenus très amis. Il a tout su de la fin de Notre histoire.
Nous nous racontions tout. J'ai eu quelques histoires qui au bout de quelques semaines se soldaient par une rupture. Je n'arrivais plus à aimer. C'était douloureux. Je me demandais si un jour je pourrais aimer à nouveau. Bruno, lui, essayait de sortir davantage et se demandait si un jour il saurait aimer. Nous discutions toujours beaucoup, par e-mail, par téléphone, par lettres. Et un jour il m'a parlé de ce roman, Le fusil de chasse. "Aimer, être aimée". J'avais été aimée de nouveau, plusieurs fois même, et j'étais tellement désolée de ne pouvoir le rendre. Quitte à souffrir, je voulais AIMER encore une fois.
Un jour j'ai reçu un petit colis des Etats-Unis. Dedans, il y avait ce petit livre rose
Le fusil de chasse - Yasushi Inoué.
Je l'ai beaucoup aimé. J'étais surprise de découvrir autant de finesse dans un si petit roman.
Depuis j'ai ré-appris à aimer, à souffrir aussi.
Bruno est toujours mon ami, de l'autre côté de l'océan. Et il a découvert l'amour aussi.