Ecrire
Je suis incapable de dire si cette dépression est due à cette rupture. Ou si elle en est la cause.
Cela faisait deux ans que je flottais. Sans désir. Sans désir de toi peut-être, ou en tout cas, pas comme il aurait dû être. J'attendais tant de toi, et tant de choses sans réponse. Juste portée par une sorte de vie quotidienne, dans laquelle je tentais de donner le meilleur. Tentais de m'occuper des mes enfants. Mes grands enfants. Je n'étais plus trop centrée sur toi. Je n'étais plus centrée sur rien à vrai dire. Comme une manière de me punir, la vie m'a dit : "tiens, tu n'en voulais plus, une autre en veut". Mais je n'ai jamais imaginé ma vie sans toi, peuplée par ce silence absolu. Oui, je n'étais sans doute pas intéressante, un fantôme, une larve, une loque. Résultat aussi de mots d'amour restés sans réponse. Tu te recroquevilles, dis-tu quand tu penses que les gens te rejettent. Et moi donc ? Sauf à la fin, dans un ultime sursaut de survie.
Etait-ce une dépression latente que ton départ a fait exploser ? Tu m'as laissée sans désir. Sans désir de rien. Écrire même est un violence. Bon, c'est normal. Sans souffrance pas d'expression. Pour moi.
J'ai envie de crever. Ce sera pas la première fois, ce sera pas la dernière.
Me détacher de toi. Il faut y parvenir. Pour ma survie. Tu écris sur "tes réseaux", "c'est fou ce que la vie nous offre quand on se donne la peine de l'écouter". Ou un truc comme ça. Oui, sauf que tu n'as plus voulu rien entendre de moi. Tu m'as reproché de ne plus te parler. Mais quand je te parlais tu étais sourd. Et muet. Et zut alors. J'avais tenu une semaine sans aller regarder. Parfois j'ai juste besoin de savoir que tu existes. Même si ça fait mal.
Mon compte en banque dégringole. Je m'en fous. J'ai encore de la marge. Je m'en fous.
Cette dépression, peut-être l'as-tu sentie sur ces années. Qui veut vivre avec quelqu'un sans désir ?
Personne.
Je vivais par toi.
Je vivais pour toi.
Il faut vivre pour soi, disent les coaches, les psy, les charlatans, les donneurs de leçon. Quelle idiotie. J'ai toujours vécu pour et par les autres. Parfois j'écris. Parfois je chante. Mais c'est quoi la vraie vie ? C'est vibrer avec l'autre. Quel qu'il soit. Toi, lui, elle. Benjamin Biolay.
Ecrire. Chanter. Composer. Faire du Gimp, traffiquer des photos à la con. Se dire que c'est beau. Ou pas. J'adore les couleurs saturées. J'ai envie de vomir. Mon coeur.
J'ai envie de vomir mon coeur. L'image, l'odeur, le goût de ta tendresse des débuts est encore bien présente. Leur fuite me procure une sensation de dégoût insaisissable. Une perte d'humanité. Une violence. Je ne peux pas mourir. Je suis une non personne.
PS : souvent je préfère me dire que tout est de ma faute. Même si j'ai le goût de la trahison dans la gorge. Mais si je me dis que c'est moi, la responsable, cela te lave de toute faute, c'est moins dur que de me dire que j'ai aimé la mauvaise personne.