Je m'évanouis de plus en plus.
Je mange la moitié de ce que je mangeais avant, au maximum. Et à chaque fois, mon corps en rejette la moitié. Mon estomac ne supporte pas. Désolée, lecteur, si ça te dégoûte. C'est ma vie. Je dors beaucoup. Je traîne mes chaussons d'une pièce à l'autre, comme un fantôme. J'ai envie de rien. Je me sens rejetée, impuissante. Je pleure beaucoup.
Hier, j'ai dit qu'il fallait que je reprenne goût à la vie. Et ce qui peut me donner goût, c'est la musique. En écouter, et en jouer. Alors j'ai décidé de participer à une scène ouverte dans une ville pas trop éloignée de la mienne. Dans un cabaret. J'avais l'habitude des scènes ouvertes organisée par ma ville. J'avais fini par m'en lasser car le chef faisait passer ses potes en premier. Nous, on arrivait tôt et on passait à la fin et tous ceux qui avaient joué leur trucs (souvent de qualité médiocre, mais les scènes ouvertes c'est fait aussi pour ça) s'étaient plus ou moins barrés, sauf les tarés qui se faisaient un gros bœuf à la fin, en mode tiens, regarde, on est bons, nous. J'avais fini par ne plus y aller depuis bien longtemps.
Là où je suis allée hier, c'était cool. Mais vraiment une ambiance différente. Déjà la moyenne d'âge n'était pas 25-30 ans mais... beaucoup plus. :D Et puis, tout le monde sauf moi à chanté de la belle chanson française. Ouais, j'suis un peu brebis galeuse, mais je savais pas.
L'organisateur tirait les noms vraiment au hasard, pas de copinage. Ce qui est cool et plus respectueux de tout le monde. Chacun a fait deux chansons. En plus, tout le monde dans la salle écoutait les autres, ça ne papotait pas dans les rangs. Et ça, c'est appréciable.
Je suis passée en avant dernier de la première partie (une pause au milieu). Et j'ai chanté I'll be your mirror du Velvet Underground et Fantasy Life of Poetry and Crime de Peter Doherty et Frederic Lô.
Avant de passer, j'ai pleuré en écoutant certaines chansons émouvantes. Et je me suis demandée ce que je venais foutre là. Tout le monde était super bon. Il y avait des pros, aussi des compositeurs, j'avais un peu honte. :D Heureusement, après, il y en a qui ont fait des trucs nuls, on oublié leurs paroles et fait des couacs, et ça, ça réconforte. Je sais, c'est méchant, mais on se sent rassuré, quoi. En même temps, ils ont toute ma sympathie.
Quand j'ai été appelée, je me suis réaccordée, j'ai réglé la hauteur de mon micro, tout ça. Fallait bien se réaccorder parce que ça pelait dans la salle et la température, ben voilà, ça fait bouger les cordes. Il paraît que je me suis fait attendre. C'est ça les stars, que veux-tu.
Je me suis trompée d'accord à un moment mais j'ai pas fait comme certains "MERDEEEEUH je me suis trompééééééé". Que Nenni. Il faut partir du principe que le public n'y connaît rien. Donc j'ai fait un grand sourire, j'ai laissé une mesure en suspens et hop ! ni vu ni connu, j'ai repris. J'ai été écoutée religieusement. Ce qui change vraiment de mes autres scènes ouvertes. Je ne voyais pas la personne qui m'accompagnait car elle était vêtue de sombre. Mais derrière, il y avait un mec qui avait déjà chanté deux chansons rigolotes. Il avait des cheveux blancs et un pull clair, donc je le voyais bien. Il avait l'air d'apprécier mes chansons, alors je me suis accrochée à lui pendant que je jouais, je l'ai regardé. Il faut toujours chercher un soutien dans le public, et si on n'y voit rien car la salle est trop sombre, on regarde au loin.
J'ai été chaleureusement applaudie. Ce qui m'a fait plaisir. Ma première scène ouverte seule, sans mon amour derrière ou pas loin, sans mon duo, sans avoir invité pratiquement personne et sans les gens de ma ville que je connais, à force.
Pendant la deuxième partie, j'ai pleuré encore. Encore. Encore. Sur des chansons tristes et sur des chansons joyeuses. J'ai eu des haut-le-cœur vers la fin. Je suis un désastre. Heureusement, il faisait sombre. A la fin j'avais à peu près bonne figure et j'ai échangé deux mots avec mon "soutien" du public. Il a l'air sympa. Tout le monde avait l'air sympa. Et assez intello aussi, ça me plaît. Je sais, je suis une connasse intello. Pourquoi crois-tu qu'on me quitte ? Les gens ont la trouille de moi. Pourtant j'essaye de rester simple et humble, d'avoir de l'humour. Mais le côté connasse ressort souvent. C'est dans mes gênes, faut croire.
Après, je suis rentrée. Il faut croire que cette sortie m'a demandé une force au dessus de moi. Arrivée chez moi, je me suis effondrée en larmes. J'ai vu que Y. avait mis une photo de son week-end avec sa nouvelle meuf. Dévastée au carré. Je reconnais son manque de tact. Je me suis effondrée de nouveau plus bas encore. J'ai vidé mon estomac, bien plus que je ne l'avais rempli depuis le matin. Je me suis roulée en boule de nerfs pendant peut-être un quart d'heure. Que faire quand ton corps ne t'obéit plus ? Que faire quand tu veux aller mieux mais que tu y arrives pas ? J'ai pensé à son indélicatesse et j'ai dit STOP. J'ai supprimé tous mes liens vers lui (oh, je sais, est-ce que ça empêche quelque chose ?). J'ai fermé mes téléphones et j'ai pensé. Vais-je me laisser détruira par quelqu'un qui m'a jetée comme une vieille paire de pompes du jours au lendemain ? Après 8 ans ensemble. Il a toujours pris ce que je lui donnais. Mais il ne m'a jamais donné de place. La psy, l'autre jour, elle a utilisé le mot "engagement". Bon sang, mais c'est bien sûr.
Non. Je ne vais pas me laisser détruire. Je me relève. Watch out, me voilà. Faut que j'alimente mon corps petit à petit. Ce qui ne commence pas super bien, mais on va y aller. Je sais pas. Peut-être acheter de la glace chocolat-pistache ?
J'ai écouté un enregistrement de ma scène ouverte. J'ai trouvé que ça balançait bien. J'ai écouté un certain nombre de fois. Ce qui m'a rendue un peu heureuse, si c'est possible. C'est déjà ça, je prends. J'ai pas envie de corriger mes copies, là, mais je vais y aller. Je vais arrêter de regarder l'autre qui poste les baskets de sa meuf lors de leur balade en forêt. Je vais essayer. J'avais déjà pensé, ce week-end "s'il voulait être avec moi, il SERAIT avec moi". Voilà. Il est pas là. Parce qu'il ne veut pas. Cela ne dépend pas de moi. Alors Fuck OFF.