And the answer is... never.
Francky,
Dans ma note d'hier, je prétendais ne pas être une ressasseuse. J'ai menti.
Dans mon rêve d'hier, je t'ai dit un truc du genre "J'ai toujours su où tu étais, je t'ai suivi dans tes déplacements à travers le monde". Et c'est vrai, à part dans tes périodes de transition.
Il y a quelques semaines, ton profil sur L******* semblait montrer que tu quittais ton job, et je ne savais pas vers quoi. Aujourd'hui, en regardant de nouveau, je sais. Tu es retourné au Japon. Ce doit être assez frais. J'imagine que ta femme est heureuse. Tes photos montrent que tu changes, doucement. Et c'est elle qui te voit vieillir au quotidien.
C'est "marrant", je ressens comme un coup dans l'estomac, et mon coeur qui se serre. Je te sens plus loin encore, alors que le rêve d'hier m'avait fait sentir ta présence "proche". Ce n'est pas tant la distance. La Californie, le Japon, au fond, l'écart en kilomètres en minime vu d'ici. Elle t'adopte dans sa culture et tu décides de t'y intégrer, davantage encore en allant chez elle. La distance qui se crée entre nous n'a jamais été aussi grande.
J'ai un peu voyagé dans ma vie. Et c'est étrange, quand j'y pense, j'ai réussi à me sentir chez moi, dans tous les pays où j'ai mis les pieds... Sauf au Japon. Au delà de la barrière linguistique, j'ai ressenti que les Japonais étaient aux antipodes de nous, les Sud-Américains. Cet amour de l'ordre et cette haine du moindre chaos qui vient perturber le fonctionnement bien huilé des choses avait quelque chose d'oppressant pour moi. Cette peur de l'autre, aussi, cette mise à distance. Bien entendu, j'y ai trouvé aussi l'élégance et la délicatesse que tu dois apprécier tellement. Et puis tout ça, ce ne sont que des généralités. Je sais qu'elle doit être magnifique ta femme, sous tous les points de vue. C'est juste que c'est étrange, que je ne me sois jamais sentie chez moi là-bas, et que c'est maintenant chez toi.
Le dernier cadeau que je t'ai fait, avant que nous nous séparions était ce petit service à saké. Il me revient, ce souvenir, comme un symbole. Et un cadeau que tu m'as fait toi, en quittant Berlin, cette reproduction que tu avais sur ton mur, d'un dessin à l'encre japonaise, au dos duquel tu avais écrit "J'aimerais que l'on s'aime encore, à Paris, à Berlin, à Compiègne, sur les quais de Seine et ailleurs..."
Je lis ton CV mis à jour et c'est douloureux aussi. Tu es devenu expert dans ton domaine, un domaine très pointu dans la physique, alors que moi, dans la physique, je ne suis devenue... rien. Tu as toujours brillé par ton intelligence. Et ta grande sensibilité. C'est pour cela que tu étais aussi un amant inégalable et inégalé, une personne qui enrichissait chaque minute de ma vie aussi bien sur le plan spirituel que sur tous les autres.
Comme toujours, tu t'es investi, tu as mis de ta personne, tu as travaillé. Je me suis détachée...
Je suis heureuse de ta réussite, et si je dis que c'est douloureux, c'est qu'elle approfondit cette distance entre toi et moi. Nous avons évolué dans des directions opposées. A la fois dans les produits de tes recherches que dans ton mode de vie. Tu dois être bien friqué maintenant. Et moi j'ai choisi une forme de "pauvreté" volontaire. Tu dois être toujours aussi élégant, quand moi, je m'habille comme un sac, ai balancé pratiquement tous les cosmétiques et maquillages de mes placards. Tu dois toujours aimer le raffinement. Je recherche la simplicité (ce n'est pas contradictoire, je le sais). Le déroulé de ton CV me blesse car tu es si loin, de plus en plus loin, tu n'as jamais été aussi loin. Et je sais que je ne te reverrai jamais dans cette vie. A part dans des rêves comme celui d'hier.
J'ai toujours pensé que je devais te demander pardon, car je t'aimais, et je t'ai quitté. Je me rends compte que c'est stupide. C'est à moi que je devrais demander pardon. Et ce serait inutile, car je ne me pardonnerai jamais.